272
LOUIS XVI COMPARAIT.
(Année 1792.)
tenait fut fait dans le plus profond mystère. Quelques bruits assez peu fon-dés se répandirent néanmoins dans Paris , et l’on demanda à toute force,dans les clubs et dans les sections, la continuation active du jugement du ci-devant roi.
La convention décréta qu’elle s’en occuperait à l’avenir, deux fois par se-maine, le mercredi et le samedi. Effectivement, le mercredi, la discussionrecommença pour ne plus être interrompue. Rien d’ailleurs ne fixa plus l’at-tention, que cet important sujet, excepté la question des subsistances quisemblait devoir être influente sur le jugement. Une disette factice, produitepar la malveillance et par des accaparements de grains, s’étendait dans toutela France . Quelques attroupements occasionnèrent des troubles sur diverspoints du royaume, soit à cause de la disette, soit encore à cause d'une mo-tion du député Cambon, qui avait annoncé qu’on supprimerait les frais duculte, « et que ceux qui voudraient la messe, la paieraient. »
Le 11 décembre, Chambon, nouveau maire de Paris, remplaçant Pétion ,Cliamnette, procureur de la commune, Santerre, commandant général de laforce armée parisienne, — suivis d’un greffier, — entrèrent dans l’apparte-ment de Louis XVI. — Chambon lui adressa ainsi la parole : « Louis Capet ,je suis chargé de vous annoncer que la convention vous attend à sa barre,et qu’elle m’ordonne de vous y traduire sur-le-champ.»—Louis XVI serécria sur ce mot de Capet, en disant que ce n’était pas là son nom, mais seu-lement celui de ses ancêtres. Chambon ne répliqua rien, et Louis suivit lesenvoyés de la convention, « non pour obéir à la convention, disait-il, maisparce que ses ennemis avaient la force en main.»
C’était le jour où l’on devait procéder à son interrogatoire.
Lorsqu’il fut ramené au Temple, la foule cria : La tête du tyran! et qu’unsang impur abreuve nos sillons !
Le lendemain, la convention autorisa le ci-devant roi à se choisir deuxconseils.
Défendre Louis XVI , à cette époque, c’était montrer à la fois de l’énergieet du dévouement. Target refusa, en prétextant son âge et ses principes ré-publicains. Lamoignon de Malesherbes , Troncbet, de Sèze, acceptèrent avecjoie cette mission périlleuse, et travaillèrent avec le roi auquel un décretavait accordé l’usage de l’encre et du papier, depuis le li décembre, jus-qu’au 26, jour de la seconde comparution à la barre. Beaucoup d'autres avo-cats et de citoyens exerçant différentes professions, auraient bien voulu dé-fendre Louis XVI. On citait Malouet et Lally-Tolendal , tous deux réfugiésen Angleterre ; Tronçon du Coudray ; Guillaume, l’auteur de la pétition desvingt mille; Huet de Gerville et Lavaux, avocats distingués; Sourdat, deTroyes ; de Grave et Ménil Durand; et enfin, une femme, la citoyenneOlympe de Gouges , dont nous aurons bientôt occasion de parler.
LallvctXeckcrpublièrentdeux éloquentsmémoires en faveur de LouisXVI,