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Tome premier.
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LA FILLE DK I.A NATION.

(Janvier 1793.)

tyrans. Les représentants de la nation se sont promis union et fraternité surle corps du martyr, et ont juré de veiller au salut de la patrie; puis, tout lemonde s’est retiré, pendant qu’un grand chœur à la Liberté terminait la fu-nèbre cérémonie.

11 était impossible de rendre des honneurs plus magnifiques à un citoyen.Le lendemain du convoi de Lepelletier, sa veuve, ses frères et sa fille furentadmisà la barre. Félix Lepelletier, celui qui avait voté la veille la mort destyrans, prit la parole en ces termes: « Citoyens, permettez-moi de vous pré-senter ma nièce, la fille de Michel Lepelletier : elle vient vous offrir, ainsiqu’au peuple français,sa reconnaissance de l’éternité de gloire à laquelle vousavez voué son père. » Cela dit, il souleva la jeune citoyenne Lepelletier dansses bras, et lui faisant porter ses regards vers le président de la convention,il lui dit : Ma nièce, voilà maintenant ton père. 11 s’adressa ensuite à tous lesmembres de l’assemblée et à tout le public des tribunes, et leur dit : Peuple,voilà votre enfant ! ... En effet, sur les motions du président et de Barrère, lapetite Suzanne Lepelletier fut unanimement adoptée par la convention natio-nale, action bientôt approuvée et ratifiée avec empressement par le peuplefrançais, très-chagrin de la mort de l’excellent patriote, et qui chantait, enpleurant, la complainte composée à propos de ce funeste événement, sur l’airdu Maréchal de Saxe . En voici les strophesles plus originales. :

Monstre d’aristocratie.

Paris est dans les larmes,

I,a république est en deuil.De voir réduit au cercueil,

Tu nous prends un défenseur.Pour avoir avec honneur

Bien défendu sa patrie.Paris , infâme bourreau,

Citoyens, versons des larmes.

Pour nous quel triste fléauD'avoir perdu Saint-Fardeau

Tu nous ravis Saint-Fargeau.

La petite Suzanne fut appelée plus tard fille de la nation,

Pendant plusieurs jours, tous les départements payèrent leur tribut d’hom-mage à la mémoire de Lepelletier. Curtius, le marchand de figures de cire,exposa son cadavre sculpté, étendu sur un lit de mort, tel qu’il avait été placésur le piédestal de la place des Piques, et conduit au Panthéon * **. La ville deSaint-Germain-en-Laye se distingua à l’occasion du service funèbre. Milleorateurs exaltèrent les vertus de l’illustre mort, et ne manquèrent pas de ju-rer, devantson buste, haine aux tyrans et aux oppresseurs.

Louis XVI et Michel Lepelletier avaient succombé presque le même jour,et la mort de chacun d’eux eut un énorme retentissement en France et enEurope . L’échafaud qui s’était dressé pour le ci-devant roi effraya tous lessouverains couronnés. Le poignard de de Pàris émut plus puissamment qu'au-cune autre action la sensibilité des masses. Ce n’est pas à nous de discuter si

* Collection de M. Laterrade.

** Révolutions de Paris , par Pnid homme.