Band 
Tome premier.
Seite
289
JPEG-Download
 

(Janvier 1793.) réflexions mu la mort de i.oris.

289

la condamnation de Louis porte, d’ailleurs, les caractères de la '•aine justice .Cependant, il est un point «pie nous ne pouvons passer sous silence, sansfaillir à notre rôle d’historien. La mort de Louis XVI était-elle opportune,dans la situation où se trouvait la France ? Nous ne le croyons pas. Elle ren-dit implacable notre lutte avec les alliés; elle força la révolution à subir lesattaques de toute l’Europe coalisée. A dater de la mort de Louis XVI , laF rance devint essentiellement militaire, étant complètement obligée de veillerà l’intégrité de son territoire. Nous ne nions pas que, politiquement parlant,Louis XVI n’eùt mérité la mort, — étant condamné, bien entendu, par unautre tribunal que par la Convention ; — mais nous pensons que les jugesauraient dù se borner à une détention perpétuelle. La royauté ne périssaitpas avec Louis XVI; la légitimité était là pour appeler au Irène Louis XVII ,et, au besoin, le comte de Provence. On le sentit si bien, que la questiond’opportunité fut soulevée par quelques conventionnels. Louis XVI mort, il n’yavait plus d’alliance possible avec les souverains étrangers. Quant au liendes peuples entre eux, il ne pouvait être durable, en admettant qu’il se futlôrmé. Les peuples de l’Europe n’avaient pas encore, comme nous, passé partoutes les phases, par toutes les vicissitudes d’un ■ régénération politique. Lapropagande, au cas où le peuple français eût agi prudemment, pouvait sefaire par les principes; une fois la querelle envenimée, elle ne put que seblottir sous les drapeaux de la conquête. Qu’on y réfléchisse : la mort deLouis XVI a, plus qu’on ne croit, contribué à faire Napoléon; et Napo-léon n’a-t-il pas étouffé les ardeurs libérales avec les fumées de la gloire?Ce n’est pas tout encore : Louis XVI prisonnier eût été toujours accablé sousle poids de sa culpabilité qui était réelle; Louis XVI guillotiné devint martyr,et bien vile o>> oublia le coupable pour plaindre l’infortuné.

La révolution devenue essentiellement militaire! c’était sa chute et sonanéantissement. A l’extérieur, on se battit; à l’intérieur on gouverna par desmots et par du sang, jusqu'à ce qu’un homme se levât pour tout confisquer àson profit, et pour ramener les choses au temps de l’absolu Louis XIV .

Le système de ceux qui volèrent la mort de Louis X ^ I, afin de faire peuraux tyrans, est en tout point erroné. Quoi qu’on fasse, et à moins qu’onn’établisse une république ou une monarchie européenne, il y a une poli-tique de peuple à peuple ; et cette politique consiste à contrebalancer entre eux.dans un juste équilibre, les intérêts de chaque nation. L’esprit de libertén’avait pas été encore assez répandu en Europe , pour que les peuples voisinsimitassent la France et jugeassent leurs souverains. Non, les tyrans ont eupeur, et ils ont entraîné leurs sujets dans leur querelle. Seulement, nous lerépétons, ils jurèrent, en apprenant la nouvelle de la mort de Louis XVI ,de venger les droits de la royauté.

Nous faisons au reste, une distinction entre la personne politique et la per-sonne privée de Louis XVI . Le roi avait manqué à sa conscience qui était la

19

T. I.