(Mai 179G.)
FÊTE DES VICTOIRES.
79
insurrection, fomentée dans le Berry par les royalistes, avaitété pacifiée dans lecourant d’avril. Bonaparte , récemment nommé général en chef de l’arméed’Italie , avait remporté de grandes victoires : c’était lui l’homme des admira-bles proclamations et qui prenait empire sur l’esprit de ses soldats. 11 a lelangage des conquérants, vif et brillant comme la poudre enflammée. A Mon-tenotte et à Millesimo , à Mondovi et à Lodi, il a été vainqueur, et les co-lonnes des journaux officiels commencent à tirer leur principal intérêt desrapports qu’il envoie au directoire. 11 a forcé le pape à payer vingt-et-unmillions à la France , et à envovercent tableaux, vases ou statues au choix desvainqueurs. Il ramènera le numéraire. Bientôt les assignats cesseront compléte-mentd’avoircours.Commentprocède le directoire? Après avoir fait rendre undécret portant peine de mort contre les provocateurs à l’anarchie et à laroyauté (a), et une loi contre les délits de la presse, défendant d'imprimeraucuns journaux, gazettes, ou autres feuilles périodiques que ce soit, de dis-tribuer aucun avis dans le public, d’imprim r ou de placarder aucune affichequi ne portent le nom de l’auteur [b) ; après s’être ainsi mis en garde contreles révolutionnaires, il se préoccupe entièrement de nos succès extérieurs, etcélèbre, le 29 mai, 10 prairial, la fête de la reconnaissance et des victoires.
Elle eut lieu dans le Champ-de-Mars.
Deux lions, symboles de la force, du courage et de la générosité, étaient àl’entrée de la plate-forme qui avait été disposée pour la cérémonie et qui étaitentourée de canons. On y voyait quatorze arbres auxquels étaient attachésles trophées et les drapeaux des quaiorze armées dont les noms étaient in-scrits sur des boucliers. Les distances entre les arbres étaient remplies pardes enseignes militaires, liées ensemble par des guirlandes en forme de fes-tons.
Sur un piédestal était placée la statue de la Liberté . — Pauvre Liberté!que venait-elle faire là? On l’avait assise sur des trophées d’armes; d’unemain elle s’appuyait sur la Charte constitutionnelle (c); de l’autre elle soute-nait une baguette surmontée du bonnet de Guillaume Tell . Quatre trépiedsantiques étaient autour et servaient à brûler des parfums. Derrière elle s’é-levait un arbre immense auquel étaient appendus les drapeaux pris à l’en-nemi. Des deux côtés, à trente pieds de distance, étaient des Victoires, sous laligure de Renommées, chacune d’elles tenant à la main une palme ornée decouronnes, chacune d’elles embouchant la trompette guerrière. Au-devant,s'élevait un autel couvert de couronnes de chêne et de lauriers.
Puis des tentes sur les talus du Champ-de-Mars, et une multitude d'arbresdécorés de flammes tricolores, et parmi lesquels on en distinguait supportant
(a) Dôrret du tt> avril. (.tfonife»r.)t b: l.oi du i ~ avril. (.W'mifmr.)
■€) Lxprcssinn employée d.au le programme officiel de la lï-fc.