(1800.)
MACHINE INFERNALE.
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à côté de la sienne, pourlui faire ombre. — L’ambitieux ressemble au cèdre,qui grandit sur la montagne en étouffant, faute d’air, les arbustes qui l’envi-ronnent. Bonaparte voulait des subalternes, mais point de rivaux. La répu-blique, dans sa pensée égoïste, c’était lui, c’était sa gloire, c’était sa puissance,c’était son génie. Il Yabsorbait tout entière.
Les membres de la conspiration Aréna avaient été, pour ainsi dire, ou-bliés. Une seconde conspiration fit penser à eux.
Le 2'* décembre, on exécutait à lOpéra la Création du Monde, Oratoriod’Haydn, nouvellement importé sur notre théâtre. Bonaparte s’y rendait,suivi d’un piquet de sa garde. A huit heures du soir, il traversait la rue Saint-Nicaise. Une petite charrette, avec un tonneau dessus, barrait le passage.Arrivé à la hauteur de la rue de la Loi, une détonation horrible se fit en-tendre. La voiture du premier consul éprouva une forte secousse, et les vitresse cassèrent. Bonaparte , qui s’était assoupi pendant la route, fut réveillé ensursaut et s’écria, rêvant sans doute de combats: « Nous sommes minés. »Quarante-six maisons de la rue Saint-Nicaisê furent ébranlées jusque dansleurs fondements. Cinquante-six personnes furent blessées, vingt-deux furenttuées. Le quartier fut inondé de fragments de cheminées, d’éclats de vitres,de tuiles et d’ardoises.
A son entrée dans la salle de l’Opéra, Bonaparte , sain et sauf, fut accueillipar de vifs applaudissements.
L’explosion de la machine infernale valut de nouveaux partisans à Bona-parte . Pendant plusieurs jours, elle servit de texte à toutes les conversations.Des vers, des chansons, des complaintes, retracèrent l’affreux événement.
Voici la complainte qui courut les carrefours, et qui devint extrêmementpopulaire (a) :
COMPLAINTE SUR LA
Chantons le récit fidèleDu plus horrible attentatExercé contre l’état,
Rue Nicaise, au Carrouzcllc.
De ce fait la véritéFait frémir l’humanité.
Une machine infernale,
De nouvelle invention,
Fit, par son explosion,
Un dégât que rien n’égale,Renversant, aux environs,
Les hommes et les maisons.
(a) Cette complainte nous a été communiquée paChants et chansons populaires de la F rance , publié
MACHINE INFERNALE.
Le consul, dans sa voiture,
A l’instant passait par là ;
Il allait à l’Opéra ;
Ce fut à lui, chose sûre ,
Qu’on voulait donner la mori,
Mais ce fut un vain effort.
De ses chevaux la vitesseAvait devancé le coup ;
Mais s’arrêtant tout à coup,
De s’informer il s’empresse ;
Sans craindre ce noir dessein,
Il poursuivit son chemin.
M. Thiérat. Elle fait partie du charmant ouvrage de*>ar M. Dellove.
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