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LES TROIS MONNAIES.
(1799-1800.)
Les pauvres rentiers étaient les dupes des Crésus, et des plaisants leuravaient offert un almanach « dédié aux affamés pour leur servir de passe-temps (a). » Dans toutes les chansons, ils pleuraient le numéraire, ils maudis-saient Camus, le père des assignats. Le rentier disait :
Aujourd'hui , je suis indigène.Je* fais gros dos et maigre mine
Le pensionnaire, que nous avons déjà vu placé sur la môme ligne que lerentier, disait :
Aujourd’hui, tout est confonduAu labyrinthe du grand-livre.
Le commis, imposé sur ses gages jusqu'à la paix, disait :
Je jeune pour payer les fraisl)'un bal ou d’un feu d’artifice.
Le montagnard enfin essayait de les consoler, en leur chantant :
Je n'ai par jour que dix-huit francs,Et sur ma table tout abonde...
Mais ce qui manque je le prends...
Une dispute avait lieu entre les trois monnaies, — l’écu, le mandat terri-torial et l’assignat {b). Les deux derniers criaient bien fort, mais l’écu finis-sait par leur dire des vérités dures :
... Je connais ce qu’il en cuit,Avec chiffons de votre guise.Mourez en paix : si le cœur vous en dit,Vers les rives de la Tamise ,
Que le diable vous reproduise,Pour payer les dettes de Pitt.
Quant aux généraux, ceux que désolaient leurs victoires se dédomma-geaient à leurs moindres fautes. Ces méchantes natures, toute joie publiqueles irritait, et ils lançaient au travers les traits acérés de leurs épigrammes.Par contre, les héros de l’armée avaient leurs bardes. La guerre de plumeétait pour le moins aussi acharnée que la guerre à coups d’épée, et les bou-tiques de marchands d’estampes, d'étalagistes, de peintres-vitriers, offraient
(a) Collection de M. Maurin.
( b ) Chanson dialoguée du temps , appelée les Trois Monnaie ».