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Tome second.
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l’honneur est le mot magique.

(Mai 1802).

de sages et d’hommes d’état, on doit tout dire; je ne crois pas que le peuplefrançais aime la liberté, l’égalité. Les Français ne sont point changés par dix ansde révolution ; ils n’ont qu’un sentiment : l’honneur. Il faut donc donner del'alimenta ce sentiment-là; il leur faut des distinctions. Voyez comme lepeuple se prosterne devant les crachats dqp étrangers; ils en ont été surpris ;aussi ne manquent-ils pas de.les porter... On a tout détruit ; il s’agit de re-créer. 11 y a un gouvernement, des pouvoirs, mais tout le reste de la nation,qu’est-ce? des grains de sable. Nous avons au milieu de nous les anciens pri-vilégiés organisés de principes et d’intérêts, et qui savent bien ce qu’ils veu-lent. Je peux compter nos ennemis. Mais nous, nous sommes épars , sans sys-tème, sans réunion, sans contact. Tant que j’y serai, je réponds bien de larépublique; mais il faut prévenir l’avenir. Croyez-vous que la république soitdéfinitivement assise? Vous vous tromperiez fort. Nous sommes maîtres dele faire, mais nous ne l’avons pas, et nous ne l’aurons pas, si nous ne jetonspoint sur le sol de la France quelques masses de granit («).

Voilà le système de Bonaparte mis à découvert par lui-mémo. Ce qu’il vientde dire est une désolante vérité. Il spécule sur le manque de sentiments ré-publicains : c'est avec des hochets que l’on mène les hommes.

Souvent on entendit proférer les mots de royauté consulaire, d’ordre de che-valerie, de moyen de corruption. Qu’importaient toutes ces récriminations?Que Bonaparte cherchât ou non à se faire des partisans avoués, du momentque la majorité des corps politiques y consentaient,— il n’aurait pas re-culé.

Furent membres de la Légion d’honneur tous les militaires qui avaientreçu des armes d’honneur. Au premier rang de ceux qui pouvaient en fairepartic.se trouvaient les militaires « qui»avaient rendu des services majeursà l’état dans la guerre 3e la liberté. » Au second rang venaient les citoyensqui, « par leur savoir, leurs talents, leurs vertus, avaient contribué à établirou à défendre les principes de la république, qui avaient fait aimer et respec-ter la justice ou l’administration publique [b). » Le militaire avant le civil •. làse montre en entier le génie de Bonaparle.

Il était, de droit, chef de la légion , et président du grand conseil d’admi-nistration qui nommait les membres. — Double moyen de faire sentir son in-lluence sur les nominations.

A propos de Vhonneur, devenu le Dieu nouveau des citoyens, citons un motbien connu du général Moreau , qui ne sacrifiait pas exclusivement sur sesautels. Bonaparte donnait plus que jamais des armes d'honneur. Dans un dînerde cérémonie, Moreau, à son tour, voulut récompenser les talents de soncuisinier. Il le fit appeler, et, devant tous les convives, prenant un air à la

(a) Mcmoitxs de Thibcaitdean sur le consulat.

(b) Loi de la Lcjjion d’Iionneur. T. Il, de la Composition.