CRÉATION DE LA LÉGION-d’HONNEUR.
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(Mai 1802.)
vie politique au moment où la paix du monde est proclamée. Mais la gloireet le bonheur du citoyen doivent se taire quand l’intérêt de l’état et la bien-veillance publique l’appellent. Vous jugez que je dois au peuple un nouveausacrifice : je le ferai si le vœu du peuple me commande ce que votre suffrageautorise. » •
Comme il voulait avoir l’avis du peuple, ses deux collègues arrêtèrent qu’onconsulterait le peuple français sur cette question :
Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ?
11 ne s’agissait donc plus seulement de prolonger pour dix ans la magistra-ture suprême de Bonaparte . Des registres furent ouverts dans chaque com-mune, à l’effet d’y recevoir l’avis de chaque citoyen. 11 y en avait au secréta-. riat de toutes les administrations, au gretle de tous les tribunaux, chez tous lesmaires et chez tous les notaires. Un délai pour voter était fixé. Nous verronsquel fut le résultat de ce scrutin populaire.
En attendant, arrêtons-nous sur une institution créée par Bonaparte , etqui subsiste encore. Nous voulons parler de l’ordre de la Légion d’honneur.Les motifs qui déterminaient à fonder cet ordre étaient, dirent les messagersdu premier consul, de créer une « institution auxiliaire de toutes les lois ré-publicaines, » et de « servir à l’affermissement de la révolution... d’effacer lesdistinctions nobiliaires qui plaçaient la gloire héritée avant la gloire acquise,et les descendants des grands hommes avant les grands hommes... d’ajouterde la force et de l’activité à ce ressort de l’honneur, qui meut si puissammentla nation française... de créer une nouvelle monnaie d’une bien autre valeurque celle qui sort du trésor public ; d’une monnaie dont le titre est inalté-rable, et dont la mine ne peut être épuisée puisqu’elle réside dans l’honneurfrançais ; d’une monnaie enfin qui peut seule être la récompense des actionsregardées comme supérieures à toutes les récompenses (a). »
Au premier bruit qui se répandit d’une telle institution, les républicainss’écrièrent qu’on voulait rétablir la noblesse. D’autres ennemis de Bonaparte prétendirent qu’ifpréludait par là à d’autres mesures encore plus audacieuses.Des discussions assez vives s’élevèrent au sein du tribunat ; mais le projet n’enfut pas moins adopté par cinquante-six voix contre trente-huit. Dans le corpslégislatif, les débats ne se prolongèrent pas davantage; le projet fut adoptépar cent soixante-six voix contre cent dix. Au conseil-d’état, Bonaparte pritpart à la discussion. Un des conseillers ayant dit « que les distinctions étaientles hochets de la monarchie, » il répliqua en ces termes : « Je défie qu’on memontre une république ancienne ou moderne dans laquelle il n’y ait pas eu dedistinctions. On appelle cela des hochets. Eh bien ! c’est avec des hochets quel’on mène les hommes. Je ne dirais pas cela à une tribune, mais dans un conseil
(a) Extrait des Motifs du projet de loi exposé devant le corps législatif par le conseiller d’état Rœderer.