PRODUITS DE I.’lNDl'STlîlE.
(Années 1801-2.)
238
ennemis s’accrut avec la liste de ses triomphes, et il serait trop long ici d'in-diquer toutes les caricatures qu’on fit pleuvoir sur son compte. On lui donnales élrivières; on l’assimila à un âne; on le traita de folliculaire indigne.Chaque jour, le Journal de Pari s se rendait l’écho des satires, des bouts-ri-més, des épigrammes lancés contre le feuilletoniste méchant. Geoffroy, heu-reusement pour lui, avait ses créatures qui répondaient dans d’autres jour-naux (a). Si bien que toutes ces haines ne servirent qu’à ajouter un fleuronà la couronne de l’abbé, la popularité — qui lui avait jusqu’alors manqué.
La dispute littéraire régnait au salon ; la politique avait élu domicile aucafé.
Ceci explique pourquoi nous nous sommes occupés de ces petits événe-ments, qui ne sont pas d’ailleurs étrangers aux mœurs de l’époque , et quimontrent la marche des idées pendant les menées ambitieuses de Bonaparte .
En vérité, jamais on ne s’était tant adonné aux sciences , à la littérature,au théâtre. L’industrie n’était pas restée en arrière. A l’exposition dernière {b),les curieux avaient admiré les casimirs des frères Ternaux ; les étoffes decoton des citoyens Bawens, Delaltre, Denis Julien, Bichard et Lenoir; labonneterie des frères Sevenne ; les velours des citoyens Godet et Delépine,Delahaie et Morgan; les limes du citoyen Raoul ; l’acier poli de Schey; lesrasoirs de Petiwalle; les poteries de Utzsclineider; les cristaux de Montceniset de Saint-Louis (c). — Ils sont heureux de pouvoir les opposer avec avan-tage aux produits anglais .
Des faux et faucilles, des instruments de mathématiques et d’astronomie,des charrues, des armes; des maroquins magnifiques, des cachemires fran-çais, des tapisseries d’Aubusson et des Gobelins, etc., — témoignèrent desefforts tentés par nos cultivateurs et nos fabricants. Nos villes manufactu-rières, Lyon, Rouen et Strasbourg , renaissaient de leurs cendres.
Le tableau des mœurs françaises est aussi assez satisfaisant : les églises serouvrent, les travaux reprennent vigueur; les habitudes licencieuses, à l’ordredu jour sous la Régence républicaine du directoire, perdent de leur intensité;des musées, des bibliothèques, des cabinets scientifiques peuvent satisfaireaux désirs des oisifs. Les promenades sont très-fréquentées; les modes, engénéral, sont maintenant plus ridicules qu’indécentes ; les Français sont tou-jours légers, mais moins impétueux dans leur enthousiasme. Peu à peu, lepays s’est façonné au joug qu’on lui impose. Les parents, à présent, destinentleurs enfants à la politique ou aux armes, comme autrefois. Les hommes enplace agissent à leur guise, ou plus tôt à celle de Bonaparte : personne ne
(a) La querelle a duré plus de deux ans, activement, avec force coups de part et d'autre.
(b) Faite pendant les jours complémentaires de l’an IX.
(c) Comptes-rendus de l’exposition dans divers journaux et brochures. Les expositions de l'industriedoivent être mises au nombre des institutions les plus recommandables de la révolution.