LUTTES DE PLUME,
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(Années 1801-2.)
Des exercices gymnastiques, des séances de physique amusante, descourses au manège, récréent la bourgeoisie. A tout moment, des inventionsnouvelles, ou du moins prétendues telles, piquent la curiosité publique, etdonnent lieu à de douloureux désappointements.
Mais d’autres sujets plus dignes captivent la société parisienne.
Premièrement, la lutte entre mademoiselle Duchesnois et mademoiselleGeorges, lutte dont nous avons signalé les premières escarmouches à la finde l’année 1800, s’est faite encore plus opiniâtre. On dirait d’un duel à ou-trance entre les partisans de ces deux célèbres actrices. La caricature s’em-pare avidement de la chose, et bientôt toutes les conversations roulent surla rivalité des filles de Melpomène . Aux débuts de mademoiselle Georges, onla représenta dans le rôle de Clytemnestre : elle cache ses bras derrière son dos,et mademoiselle Raucourt fait les gestes pour elle. Mademoiselle Duchesnois ,dans le rôle de Phèdre , n’a aucuns gestes, au contraire , et toute l’expressionde son jeu est dans sa pose et dans sa physionomie(a).— Une autre caricaturereprésentait l’abbé Geoffroy distribuant les couronnes dramatiques. Made-moiselle Duchesnois est poussée par ses amis d’un côté, et mademoiselleGeorges est poussée à rebours par mademoiselle Raucourt . Toutes deux reçoi-vent chacune un laurier. Le parterre applaudit; il est représenté par des din-dons, des canards et des oies.
Secondement, la guerre déclarée au journaliste distributeur de couron-nes , a encore plus de retentissement que cette lutte entre les deux tragédien-nes. L’abbé Geoffroy était le Napoléon de cette guerre à coups de plumes,qui rompait la monotonie de la paix continentale.
Ses ouvrages antérieurs à ses articles dans le Journal des De’bats, luiavaient acquis peu de renommée, et ses ennemis faisaient promptement jus-tice de celui à qui ils donnaient l’épithète de Znïle, en rappelant sans cesseun vers d’une de ses pièces :
Geoffroy était le censeur de tous ses contemporains. Grâce à son esprit,et surtout à sa méchanceté, le feuilleton du Journal des Débats obtenait unsuccès prodigieux. 11 prétendait que Voltaire était un sot et Rousseau un fou.
Sa puissance était énorme, soit qu’on le lût par esprit de parti, soit qu’onparcourût ses feuilletons seulement par curiosité. 11 faisait et défaisait lesrenommées des auteurs, des acteurs et des directeurs de théâtre. Férule enmain, comme un magister bilieux, il réprimandait Talma et le fouettait, —selon l’allégorie d’une caricature publiée contre lui. Mais le nombre de ses
(a) Nous ne connaissons celte caricature que par la description qui en a clé faite dans un ouvrage duteinps.