O
PH KFACE
lulionnaires, — mystérieuses effluves plus inéluctablement affirmatives etsûres que tous les oracles des Calchas.
Ainsi, vers le irmis de juin 1783, lorsque l’étrange nouvelle se répandit àParis et partout qu’un simple papetier d’Annonay venait de découvrir la loien vertu de laquelle des globes d’étoffe, gonflés par lui d’une certaine façon,quittaient d’eux-mêmes le sol où nous sommes attachés et s’enlevaient auto-matiquement dans l’air, cette nouvelle causa, comme on peut le croire, uneémotion, une agitation universelles et inouïes. Et pourtant elle venait justeà son heure répondre à des préoccupations précises même dans leur vague.L’heure avait en effet sonné de la naissance de l’Aérostation, au milieu de cenécessaire et merveilleux bouleversement des idées et des choses qui glorifieà jamais l’admirable fin de notre xvin® siècle. Bien après le mythe dogma-tique d’Icare et la colombe d’Archvtas, ravivant les légendes du Sarrasin deConstantinople, du moine volant de Lisbonne et de Dante de Pérouse, s’em-parant de la succession à peine vacante de l’abbé Desforges avec son cabrioletvolant, un pauvre ouvrier mécanicien normand, fort ignorant, mais supérieu-rement doué comme ingéniosité et force de vouloir, Blanchard, des Andelys ,agitait à lui seul depuis deux bonnes années le public déjà infini des lec-teurs de gazettes avec sou Char aérien. Le Ballon allait naître et devait naîtreà ce moment génésique des surprises en tous ordres, à côté du joueur dellùte et du canard digérant de Vaucanson, à l’instant où les têtes parlantesparlaient et faisaient parler, pendant que l’homme aux sabots élastiquess’avançait à peu près majestueusement et debout sur la surface des fleuves,orné d’un simple balancier.
De même à l’heure présente. Tous les signes nous annoncent l’imminenteéclosion de l’Aéronautique, — qu’il faut bien se garder de confondre avecl’Aérostation pure, dont elle est précisément le principe opposé. L’agitationcréée en 1863 à Paris a eu son précieux contre-coup dans l’univers entier, etson écho persiste de plus en plus retentissant. Des sociétés d’études et de re-cherches pour l’aviation se sont fondées partout à l’imitation de la nôtre,depuis Copenhague et Londres jusqu’à la Havane, et travaillent avec une