HISTOIRE DES BALLONS
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A la veille de l'investissement de Paris, M. Nadar , qui avait toujours regardél’aérostation comme destinée à jouer un grand rôle en temps de guerre, alla trouverle général Montauban, alors ministre, qui le renvoya au général Trochu .
Le gouverneur de Paris lui demanda un rapport sur l’emploi des aérostats commematériel de guerre, et, déférant avec empressement au désir qui lui était exprimé»M. Nadar lui indiqua en quelques pages les services que pouvaient, suivant lui,rendre les ballons dans une ville assiégée.
S’occupant d’abord des observations de jour, M. Nadar établissait qu’unaérostat pouvait, en surveillant les mouvements de l’ennemi et en inspectantl’état de ses travaux de siège, être pour la défense un auxiliaire précieux. L’élé-vation que peut atteindre le ballon captif dépend de son cubage, et, pour ne citerqu’un exemple connu, celui de l’exposition de Londres en 1869 montait jusqu'àôOO mètres, tandis que les tours Notre-Dame en mesurent 74 à peine. Quant audanger, il n’existe pas alors que la distance et l’élévation constituent une doublesauvegarde contre les projectiles de l’ennemi. Pour ce qui concerne le mode d’at-tache du ballon au sol, M. Nadar conseillait l'emploi d’un câble triple, retenu parune équipe d’hommes vigoureux, choisis autant que possible dans le génie ou lamarine. Enfin, mettant à contribution sa double science d’aéronaute et de photo-graphe, il établissait la possibilité de photographier, au fur et à mesure qu’ilss’accompliraient, les mouvements de l’ennemi ; une boite à anneaux coulant le longd’un des câbles d’attache porterait immédiatement à terre les révélations del’objectif.
En ce qui concerne les observations de nuit, M. Nadar proposait de projeter, duhaut des aérostats, la lumière électrique sur les travaux exécutés, sous la sau-vegarde de l'obscurité, par l’ennemi.
Enfin, au point de vue non du siège de Paris mais d’une situation offensive, lepromoteur du plus lourd que l’air conseillait l’emploi de petits ballonneaux, cubantles uns o mètres, les autres 10, et capables d’emporter des bombes explosibles.
Sans même attendre la réponse du général Trochu àson rapport, M. Nadar s’in-stalla spontanément place Saint-Pierre avec M. Duruof, qui avait mis à sa dispositionle ballon le Neptune, celui qui le portait dans la dramatique ascension qui se terminaau cap Gris-Nez, et M. Camille d’Artois, l’un des passagers du Géant. Les aéronautess’organisèrent eux-mêmes, plantèrent quelques pieux qu’ils relièrent les uns auxautres par des cordes, et, sans le secours d’aucun agent de l’autorité, prirent posses-sion de la place et y firent les aménagements nécessaires, secondés par une douzainesd’aides volontaires, parmi lesquels MM. Revillod, Farcot et Elisée Reclus etquelques passagers du Géant.
Enfin, sur les instances de M. Nadar, le général Trochu se décida à lui envoyerdes tentes, des cordages, et mit à sa disposition douze marins commandés par uncaporal d’armes et vingt-quatre soldats commandés par un sergent.