HISTOIRE DES BALLONS
Un
Ainsi, sauvés comme par miracle, ils avaient trouvé la gloire là où tantd'autres avant eux n’avaient trouvé que la mort (1). •
VI
Duruof et sa femme n’eussent point vu la mort d’aussi près s’ils avaient eu à leurdisposition un instrument imaginé par Sivel et plusieurs fois expérimenté par luiavec succès.
Cet instrument consiste en « un cône en toile dont la base ouverte est formée parun cercle en bois, où se trouvent fixées des cordes qui se réunissent à l’extrémité duguide-rope. Ce cône se remplit d’eau que le ballon ne peut soulever. Si le délestageproduit par la perte de poids dans l’eau du cône et du guide-rope n’est pas suffisant,
disposait à se livrer en l’air à des exercices gymnastiques, quand, au signal : « Lâchez tout ! » l'undes hommes employés à maintenir le ballon, un menuisier d’une soixantaine d'années, un peu sourdet un peu ivre, dit-on, n’entendit pas le commandement et s’embarrassa dans les cordages qui sou-tiennent le trapèze. Le ballon part et emporte avec lui le malheureux qui, en cherchant à se dégager,ne fait que resserrer davantage les liens qui enlacent sa cheville. Eu se débattuut, il rencontre les deuxcordes du trapèze; il en saisit une de chaque main, et c’est dans cette affreuse position, la tête enbas, un pied en l'air, que nous le voyons s'enlever dans l’espace.
« Les spectateurs étaient dans une angoisse indescriptible. A chaque instant, ou s’attendait à voir cesdeux aéronautes précipités dans l’espace. M. Blondeau aurait pu parfaitement se mettre à l’abri detout danger en abandonnant son compagnon de route au malheureux sort qui l’attendait, mais ilresta courageusement à son poste. Debout sur son trapèze, il souleva lentement de sa tétc le corpsqui pendait au-dessus de lui et le maintint dans cette nouvelle position.
« Cependant le ballon, qui n'avait pas été gonflé pour un supplément de 50 kilogrammes, après s'êtreélevé à une hauteur de ti à 70Ü mètres, trouva la charge trop lourde et commença à descendre ; ilvint échouer à 1 kilomètre de son point de départ.
« L’ascension avait duré de dix à douze minutes.
« Une fois à terre, le menuisier, malgré une forte contusion à la cheville, trouva encore assez de forcepour gagner saiu et sauf son domicile, jurant, mais un peu turd, qu’on ne l’y prendrait plus. »
« M. Porlier, aéronaute, a fait une ascension à Montpellier , au bénéfice des inondés.
« En quelques minutes, son ballon atteignit une altitude de 1 500 mètres. A cette hauteur, un veutviolent le poussa rapidemeut du côté de la mer.
<• Peu désireux de faire la traversée de la Méditerranée, M. Porlier prit immédiatement ses mesurespour atterrir sur les bords de l’étang du Limousin . La manœuvre était périlleuse, car il fallait descendrepresque perpendiculairement.
« Néanmoins M. Porlier l’accomplit avec beaucoup de sang-froid, et, quelques minutes après, l’aé-rostat. déchargé d’une grande partie de son gaz, tombait, avec une elfroyehle rapidité, dans un champlabouré appartenant à M. Boussarollcs. Dans cette chute périlleuse, M. Porlier se blessa légèrement auxmains et eut le bras gauche contusionné.
« Tout danger n’avait pas disparu, d’ailleurs, car la nacelle, emportée de nouveau par l'aérostat, semit à raser la terre, couvraut l’aéronaute de terre et lui faisant éprouver les plus terribles et les plusviolentes secousses. Cette situation aurait pu se prolonger longtemps encore sans l'arrivée de plusieurshabitants des environs, qui, non sans de grands efforts, parvinrent à maintenir le ballon. M. Porlierput alors sortir de la nacelle.
« Au même moment, un violent coup de veut couchait le ballnn par terre après l’avoir déchirésur toute sa bailleur.
(1) L'aérostatiou française, cependant, eut cette année même la mort d’une victime nouvelle à dé-plorer; mais la responsabilité n'en doit à aucun degré retomber sur elle. Un malheureux gymnaste,nommé Braquet, faisait des exercices sur un trapèze attaché à une montgolfière. Elle était élevée de plu-sieurs centaines de mètres déjà, quand l’infortuné lâcha prise et, tombant avec une rapidité toujourscroissante vers le sol, vint s’y briser.