HISTOIRE DES BALLONS
4i7
Ce n’était en effet ni un Anglais ni un savant que cet infortuné homme volant quipaya de sa vie sa tentative.
Flamand de naissance et ouvrier cordonnier de profession, de Groof avait conçudepuis longtemps le projet d'un appareil de vol mécanique (1).
Après avoir vainement tenté à Bruxelles et à Lyon d’expérimenter sa ma-chine (2), de Groof se confia enfin à elle le 2 juin 187 4 à Londres et descendit sansencombre à terre (3).
Le 9 juillet, de Groof essaya une seconde fois son appareil. Soit qu’il se fût déta-ché du ballon trop précipitamment, soit que sa machine fût réellement impuissante àle soutenir, il tomba comme une masse et vint se briser sur la chaussée à Robert-Street (Chelsea), près de la boutique d’un épicier. La foule se rua avec une joiebestiale sur l'appareil et s’en partagea les débris, tandis que de Groof, mourant, étaitporté à l’hôpital : il expira en route (4).
sens de la verticale. Le ballon ayant été assujetti par le guide-rope et mis en équilibre par M. Coxwell,qui assistait le major Béaumont dans la direction des expériences, le ballon (tarda imperturbablementson niveau primitif.
« Heureusement quelqu’un fit remarquer que peut-être on s'était trompé dans le sens de la rota-tion, et l’on fit tourner l’hélice dans la direction opposée. Aussitôt le ballon se mit à monter. Il re-tombait vers la terre aussitôt quo l’on discontinuait ce mouvement. M. le major üéniimont, qui diri-geait les expériences, est le président du comité des ballons établi par le ministère anglais . Ce savantofficier a fait de nombreuses ascensions avec .V. Coxwell.
« A l'issue des expériences, le ballon a pris son vol, et l’ascension s'est terminée après un voyage à3 000 mètres, dans lequel les voyageurs ont joui d'un coup d’oeil magnifique. La descente a eu lieudans les environs de Londres , à 7 heures du soir. »
(1) Dès 1865, il était venu à Paris pour tenter d’y construire et d’y mettre à l’épreuve son appareil,et avait reçu un concours effectif et moral de la Société d'encouragement pour l’aviation ; mais, à lasuite de longs retards et de dissentiments nombreux, de Groof avait dû renoucer à faire des expé-riences à Paris et était parti pour Bruxelles. (Voir à ce sujet le rapport du conseil dadministration dela Société d'encouragement pour Cariation sur le deuxième exercice. 1865.)
(2) Voici la description de cet appareil :
« C’est un châssis rectangulaire en bois, au milieu duquel le pilote de ce terrible navire se tientdebout. Deux ailes, de 10 mètres de longueur chacune, sont fixées à la partie supérieure de ce châs-sis; elles tendent a se relever sous l’action de ressorts de caoutchouc, fixés h une pièce de bois qui do-mine tout l’appareil. L’homme les abaisse en tirant des cordes, et quand il cesse d’agir, les caoutchoucsles relèvent. A l'état de repos, le système doit former parachute, et une troisième palette concave, for-mant la queue de cet oiseau fantastique, vient s'ajouter aux deux ailes latérales. »
(3) « Le ballon, parti de Crémorne, s'éleva à une hauteur de 5 000 pieds et redescendit rapide-ment à la hauteur de 1 000 pieds. De Groof se détacha lui-même après avoir donné le signal Loose! Lebut de ce signal était de prévenir l'aéronaute Simulons, afin qu’il eût le temps d’ouvrir la soupape etde laisser dégager une quantité de gaz correspondant à une perte de poids de 425 livres.
« De Groof arriva à terre avant M. Simmons, qui effectua sa descente dans la forêt d'Epping. Il nese lit aucun mal, et son appareil n’éprouva d’autre dommage que la rupture de quelques baleines.Simmons raconte, dans l’enquête, qu’il le vit en tête des gens qui travaillaient aux câbles pour arrê-ter l’aérostat.
« L'enquête judiciaire faite plus tard démontra que, dans l’ascension du 27 juin, de Groof n’avaitpoint détaché son appareil; il était descendu sans accident mais avec le ballon. Les journaux avaientdonné un récit imaginaire de la descente, et l'aéronaute Simmons, dans sa déposition devant le coro-ner, avait corroboré, sous la foi du serment, un récit mensonger. »
(4) « Il s’en fallut de peu que l’aéronaute lui-même n'eût un destin identique. Lorsque de Groof eutdétaché son appareil, le ballon, subitement délesté, ne tarda pas à s’enlever avec, une rapidité telle queSimmons perdit connaissance. Quand il revint à lui, il était en pleine descente. Il toucha terre sur unrailway près de Springford, de l’autre côté de Yictoria-Park, au moment où un train arrivait à toutevapeur. Grâce au dévouement de quelques passants et à la hardiesse avec laquelle le mécanicien fitjouer la contre-vapeur, le malheureux aéronaute échappa à la plus cruelle des morts. »