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VOYAGES AÉRIENS.
qu’il ne s’envolât dans son domaine. L’escorte d’honneur quenous lui avions donnée n’avait eu aucune peine à le retenir, carl’air était resté absolument calme, et l’aérostat gardait une com-plète immobilité.
Lorsqu’on l’eut délivré du poids qui le retenait au sol vulgaire,il monta lentement dans le ciel pur. Mon pilote, assis devant moi,versait avec précaution le lest sacré, tenant son regard interroga-teur fixé sur le baromètre. Et moi, confiant dans son soin et dansla sûreté de l’aérostat, je m’abandonnai librement à deux sortesde bonheurs : la contemplation et l’étude.
C’est une sensation plus douce et plus profonde encore que lesprécédentes que celle de voyager silencieusement dans l’espacependant une belle nuit d’été. En regardant la terre, en sondantl’espace inférieur, je n’éprouvai plus ce sentiment d’isolement quim’avait âprement impressionné lorsque, en plein soleil, à 3000mètres au-dessus du sol, je comparais la hauteur et l’exiguïté dema sphère de gaz à la grandeur de l’immense plaine étendue au-dessous de moi. Là, je me sentais moins vivant. Ici, au contraire,seuls êtres animés, nous vivions et nous pendions au-dessus dusommeil de tous.
Notre ascension eut lieu à 1 h. 25 m. du matin, lorsque tous lesinstruments eurent été enregistrés ; c était exactement l’heure dupassage de la lune au méridien. A 2 h., nous étions parvenus à1440 mètres de hauteur. Le baromètre avait baissé de 753,7 à631,2, le thermomètre de 10 degrés à 5, l’hygromètre de 97 de-grés à 84, après avoir passé par un minimum d’humidité (79) à800 mètres de hauteur. La variation de l’humidité des couchesd’air n’est donc pas la même pendant la nuit que pendant le jour.
Le fait qui me frappa le plus dans ce voyage est celui de la vi-tesse du vent et du déplacement de l’air selon l’altitude. Tandisqne, en général, les vents de terre sont pendant le jour plus in-tenses que les courants supérieurs, ce sont, au contraire, les ventssupérieurs qui sont les plus forts pendant la nuit. Je ne veux pasencore ériger ce caractère en règle générale, car mon expériencen’est pas assez longue pour l'affirmer dès aujourd’hui.
A terre, l’air était d’un calme absolu. A peine arrivés à 100 mè-tres d’élévation, nous fumes emportés avec une vitesse déjà très-sensible, croissant en raison de notre ascension. Cette vitesse futen moyenne de 10 mètres 40 par seconde pendant la premièreheure, et de 11 mètres 95 pendant la deuxième. Notre traverséede nuit n’est pas tout à fait dans la même direction que celle du