DU QUINZIÉME AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. 7
corniche placée immédiatement sous le plafond, à la fois sculpté et peint. Nous voyonsensuite dans les embrassements des fenêtres, des petits Amours entourés de légèresbanderoles chargées d’inscriptions latines avec la traduction. Disons pour nous résumerque, malgré la déformation des lignes horizontales par la perspective, l’ensemble decette salle circulaire produit un heureux effet, dû, en grande partie, il est vrai, auxbelles peintures qui sont le principe de sa décoration : aussi n’aurions-nous pas hésité àle faire figurer dans cette monographie, sans l’extrême difficulté de rendre par nosgravures tant de remarquables et précieux chefs-d’œuvre.
De la chambre de M 1110 de Sévigné, dont nous avons parlé plus haut, on communiqueavec la galerie qui conduit à la tribune de la chapelle. Cet ancien passage ou promenoira été 'converti en 'galerie par Bussy lui-même, qui, après l’avoir vitré, y a placé, parordre chronologique, les portraits des rois de France de la troisième race, depuis HuguesCapet jusqu’à Louis XIV . A l’extrémité de cette galerie se trouve l’oratoire formanttribune sur la chapelle et permettant d’assister à la messe sans quitter l’appartement.Les nervures de sa petite voûte reposent sur des coquilles retournées et argentées àl’intérieur.
11 ne nous reste plus, pour terminer cette description, qu’à parler de la chapelle,gracieux et tranquille sanctuaire, éclairé par une seule fenêtre à meneaux encore gothi-ques. Sa décoration a été refaite au xvi e siècle, ainsi que la voûte, dont les retombéessont supportées par des colonnes placées dans les angles; l’autel, en bois sculpté, nousa paru moderne, et c’est chose d’autant plus regrettable, qu’un magnifique retableen pierre du xvi c siècle, sculpté et peint, permet d’établir un rapprochement de stylequi n’est pas favorable au premier. A droite, au-dessous de la tribune, une piscine,faisant face à une armoire presque semblable, se fait remarquer par son bon goût etsa simplicité : elle sert de motif à notre planche 10. Divers tableaux de grands maîtresviennent ensuite dignement compléter ce calme intérieur : par exemple, au-dessus del’autel on voit un Saint Jacques de Compostelle , peint par Murillo ; sur les murs laté-raux,deux toiles du Poussin, le Frappement du rocher et le Buisson ardent; puis enfinune belle Vierge d’André del Sarte, et une copie très-réussie de la fresque de Raphaël,Héliodore frappé de verges, M. le comte de Sarcus pense que cette copie a dû .être faiteà l’époque de ce maître, et peut-être sous ses yeux.
La réunion de toutes ces peintures, répandues à profusion dans le château,forme un véritable musée, une collection merveilleuse, presque unique en France , ettrès-appréciée par l’Etat, qui en a fait copier plusieurs toiles pour le palais deVersailles .
Que l’on suppose maintenant ce magnifique château précédé d’un grand jardin fran-çais (il passe pour avoir été dessiné par Le Nôtre ), parsemé de grandes pièces d’eaus’étageant sur la 'colline et se correspondant par de gracieuses cascades ; qu’on l’entoured’un parc comme il en existe peu en France , planté de magnifiques allées d’arbres sécu-laires, sous la voûte desquels une suite de rampes d’escaliers vient former une mys-térieuse perspective ; qu’on sème le tout de nombreuses statues et des deux campaniles