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Tome premier.
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PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS. 53

milieu du xvi u siècle. Cette curieuse peinture est en assez mauvais état : une notablepartie, la partie de droite, est même complètement effacée ; mais nous croyons que ceteffaçage n’est pas l’œuvre du temps, mais celui des hommes. 11 doit avoir été fait dans lebut de faire disparaître quelques scènes peu édifiantes. A gauche, et non loin de Vénus,on distingue le dieu Mars sous les traits du prince de Coudé ; la reine Catherine,entourée de jeunes et jolies nymphes, est dotée, comme Janus , de deux visages : l’unbeau, gracieux et riant, l’autre exprimant la fausseté et la haine. Charles IX est prèsde sa mère, sous les emblèmes de Plut-on, dieu des enfers.

La tradition veut que cette singulière salle ait servi à réunir les protestants, à traiterleurs affaires sérieuses. « Il nous est beaucoup plus facile de croire, dit M. Cbaillouxdes Barres dans sa remarquable histoire du château de Tanlay, que ce cabinet était unlieu de délassement et de plaisir. Non, ce n’est pas en regardant nues les filles d’honneurde Catherine de Médicis , que les chefs protestants traçaient des plans de révolte contreson fils ! Le lieu était mal choisi; les inspirations ne tournaient pas le moins du mondeà la destruction. Les pensées graves, les combinaisons d’un plan de campagne s’élabo-raient au rez-de-chaussée, dans la salle où l’on pouvait débattre les grands intérêts duparti, en face de la belle tête de l'amiral (1). »

Ajoutons maintenant que tous ces personnages, et surtout les filles d’honneur de lareine Catherine, sont habilement peints. Ces dernières, qui faisaient sans doute partiedu célèbre escadro)i volant , sont jeunes et jolies ; le peintre a accusé leurs formes gra-cieuses avec beaucoup de pureté et de soin. Les six statues qui décoraient la salle mysté-rieuse ont été enlevées sans laisser d’autres traces que celles de leur scellement dans lamuraille : il n’est pas douteux que le sculpteur avait eu la meilleure part dans la décora-tion du cabinet en question, et que le peintre n’eut qu’à compléter une œuvre difficileà qualifier, mais que peuvent expliquer, cependant, les mœurs assez corrompues duXVI e siècle (2).

Il ne nous reste plus maintenant, pour achever notre description, qu’à sortir duchâteau même, et atteindre, en suivant les allées ombreuses du parc, le châteaud’eau élevé à la tête du canal. Ce château d’eau, la Perspective, comme on ledésigne à Tanlay, est d’un effet prodigieusement imposant (voy. planches XIX et XX,

(1) Ce buste, coiffé d’un casque panaché, se trouve sculpté au rez-de-chaussée, sur le manteaude la cheminée du salon.Malgré les lignes éloquentes de M. Chailloux des llarres, nous ne pouvons guère voir, dans le buste imberbe enquestion, qu’une figure décorative de pure fantaisie, et non la représentation de l’amiral. La cheminée a été, selon touteapparence, sculptée sous Louis XIV , et le buste lui-méme nous parait dater aussi de cette époque.

(2) Voici l’extrait d’un mémoire de dépenses pour les travaux exécutés pendant le mois de juillet 1568, oit il estquestion de ces peintures. Dans cet état de compte, sont mentionnées d’abord différentes sommes payées aux ouvriers« [tour le parachesvement du portai neuf et pour travaux faicts [tour ung cabinet que Monseigneur l’amiral a commandé» de faire au-dessus du cabinet de Monseigneur d’Andelot. » Puis on lit ensuite : Payé à messire Larme vingt livres un» sol pour avoir fait des painctures pour le parachesvement de la gallerie de Monseigneur, suivant ung hillcl où est>t contenu le détail des dictes painctures, laict de la main du dict messire Larme. Payé la somme de cent dix livrestt quatorze sols trois deniers à messire Larme , Gallerior, sur la somme de cent, cinquante livres qui lui sont dues pour» le parachesvement, des painctures de la gallerie, lesquelles Monseigneur a marchandées avec le dit Gallerîer et comme» il appert par sa quittance. »

Nous devons à M. Eugène Lambert , régisseur du château de Tanlay, la communication de ces intéressants documents,

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