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Tome troisième.
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8 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.

il se fût signalé par déclatants services rendus aux arts, aux sciences et aux lettres,sinon comme écrivain, artiste ou savant, du moins en qualité de Mécène, e,n qualité deprotecteur intelligent et dévoué. Mais non, lhistoire est muette à cet égard, et lesmémoires nen disent pas un mot, les mémoires alors si nombreux, si riches en docu-ments et quelquefois si bavards. Peut-on affirmer, en face de ce silence significatif,que si François I er a décoré la maison d'Orléans, cest assurément en faveur de son valetde chambre ?.

De plus, les appartements étaient, paraît-il, décorés à la façon des boudoirs (1), etcomme il convient aux habitations se tiennent des femmes adonnées à la galanterie.Cétaient partout des emblèmes amoureux mêlés à lornementation, et souvent des sujetslicencieux propres à inspirer aux habitants et aux visiteurs des idées de volupté. Ensoi-même et isolé, ce genre de preuve ne met pas fin aux incertitudes. Le règne deFrançois I er avait profondément agi sur les mœurs et accéléré une corruption préparéedéjà par les premières années de la Pœnaissance. Les familles les plus austères se per-mettaient de singulières audaces, et il nétait pas nécessaire de sadonner à la débauche,

ni de mettre affiche de galanterie, pour décorer ses appartements de sujets légers. Lelangage, les idées, la littérature, les arts, tout trahissait alors un laisser-aller porté auplus haut point : cétait le moment un prince de lÉglise, un cardinal éminent, quali-fiait les ouvrages de Rabelais , le bréviaire des honnêtes gens . Passe encore pour lexpres-sion employée plus tard par la Bruyère, le charme de la canaille est le mets des plusdélicats ; mais le bréviaire des honnêtes gens, celui quun homme doit sans cesse avoirentre les mains et lire tous les jours, cela suffit à caractériser lépoque. Non, assu-rément, le genre de preuve tiré des ornements licencieux nest pas précisément concluant,sil demeure isolé ; mais il a son utilité, venant après les raisons indiquées plus haut etprécédant celles que nous allons donner.

Représentons-nous exactement la situation. Au milieu de ses palais et dans les récep-tions il fêtait sa cour, la passion de François I er pour la duchesse se montrait sansdoute à découvert : il lentourait dhommages, il avait pour elle des soins et des préve-nances que la reine seule partageait, et le crédit de la belle savante sur lesprit et le cœurdu souverain apparaissait à tous les yeux. Mais François I er nétait pas un amant pla-tonique, heureux de lamour quil éprouvait et satisfait de le montrer à son idole. Il luiu*

(1) Pour tous les détails qui appuient notre argumentation, nous nous en rapportons à larchéologue déjà cité, M. deBuzonnière, dans son Histoire architecturale de la ville d'Orléans. M. de Buzonnière est Orléanais , et îl habite ordinaire-ment sa ville natale ; il a pu visiter la maison fréquemment et à son aise, et surtout il a pu létudier avant que la négli-gence du propriétaire actuel et laction toujours si sûre de lhumidité, dun soleil mordant et des nombreux rongeurs,hôtes habituels des demeures délaissées, aient causé les dégâts que nous avons constatés. Il faut la patience dun archéo-logue et sa divination inventive pour retrouver et souvent restituer les mille détails dont il nous entretient. Quant à nous,nous navons pas à beaucoup près été si heureux ; cest à grandpeine et à linsu du propriétaire que nous avons pu pé-nétrer dans lancien logis de Guillaume Toutain.il y a de cela trois ans, et tel était alors létat de dégradation de lédifice entier,quun plafond sest effondré en partie sous nos pas. Tout sen va en poussière, se ternit, sefface et disparaît dans la vieilleet intéressante demeure du xvi® siècle. Pendant les quelques heures qui nous ont été par fraude accordées, cest-à-diredepuis le matin jusquà la nuit tombante, nous avons pu dessiner seulement les choses les plus essentielles. Bien des dé-tails, bien des choses secondaires, mais assurément fort utiles, ont être omises, faute de temps. Nous en exprimons nosregrets au lecteur.