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Tome troisième.
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DU XV e AU XVIII e SIÈCLE

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çait ainsi qu’il voulait renoncer à toute autre femme. Quelquefois la devise dégénéraiten calembour. La maison de Senecey portait : In virtnte et honore Senesce, jeu de motsintraduisible, qui tient au verbe latin senesce (vieillis en vertu et en honneur). Celle deMorlaix était d’un goût légèrement équivoque : S'ils te mordent, mords-les. Tout cela étaitdevises de nobles. Les bourgeois arrivés à une position considérable par le négoce ou lamagistrature se faisaient le plus souvent des devises empreintes de leur esprit vigoureuxet pratique. Nous n’en donnerons pour exemple que celle du cardinal Duprat, qui, deplus, intéresse étroitement la monographie du château de Nantouillet. Cette devise pos-sède une des qualités les plus essentielles recommandées par les maîtres en ce genre,c’est-à-dire la brièveté. Les mots qui la composent sonnent fort et vite, le français en estcourt et rapide, et elle pénètre dans la mémoire avec une consistance qui ne lui permetplus d’en sortir. En outre elle exprime, sinon une sentence morale ou politique, autrepoint recommandé, du moins une de ces leçons de bon sens et de finesse qui désormaisferont beaucoup pour la bourgeoisie, et lui permettront peu à peu de s’élever, de gran-dir, et enfin, en 1789, de dominer le clergé et la noblesse. La devise de Duprat étaitcelle-ci : Heurtant à point. Bien hardi était l’homme qui osait afficher ces trois mots ;il devait avoir au plus haut degré la conscience de sa force, pour s’exposer dans la viepublique avec une pareille annonce. Plus d’un contemporain a dû sourire en voyantaffirmer cette prétention, et rechercher si, dans la vie du cardinal, on trouvait toujoursqu’il eût heurté à point.

Plus d’un aussi, mêlé aux entours de Duprat, a dû se tenir pour averti, et se dire qu’aveccet homme si avisé, il ne faudrait jamais, en luttant contre lui, se conduire à la légère,attendu qu’il ne vous laisserait jamais ce qu’il pourrait vous ôter par conseil ou par pré-voyance. Mais, en lisant la vie du cardinal et en voyant les faits trop souvent peu dignesdont elle se compose, on ne peut échapper à cette réflexion : c’est que la devise de Dupratindiquait dans son âme et dans son caractère un défaut d’élévation. Nous avons appristout à l’heure des assertions plus fières, nous en avons vu de galantes et de mélanco-liques ; mais celle-ci trahit chez son auteur un terre à terre d’esprit madré dont le seulsouci sera de réussir. Arriver par l’habileté des conduites en saisissant l’heure et lemoment, en parlant et en agissant à propos, en frappant où il faut et comme il faut,tel sera le but de Duprat : sans nui souci de ces questions plus hautes où se trouve engagéela conscience, il préférera toujours la justesse à la justice.

On doit le reconnaître, en bien des circonstances le cardinal heurta à point comme levoulait sa devise, Un des moments les plus intéressants est celui où il empêcha François I er ,encore duc d’Àngoulême , de commettre une de ces fautes dont VL de Talleyrand, avec safinesse paradoxale, devait dire un jour : « C’est plus qu'un crime, c’est une faute. » On saitque le roi Louis XII, à la fin de son règne, avait épousé Marie d’Angleterre , sœur deHenri VIII. Le roi était vieux, la reine était jeune. Le duc d’Angoulême , qui devait plustard, à l’endroit des femmes, se créer une certaine renommée, y préludait dans sa jeunesseen s’abandonnant en aveugle à tous les entraînements du cœur. Il leva les yeux sur la reineet osa l’entourer de ses hommages. Hardi, spirituel, gentilhomme au plus haut degré, il