DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.
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célèbre par l’architecture de le Yau et par les peintures de le Brun et de le Sueur,acquerra un nouveau prix quand vous l’habiterez avec madame la marquise duChâtelet. » — Ainsi, en 1740, les nouveaux acquéreurs n’avaient pas encore habitél’hôtel, ce qui indique évidemment que l’acquisition était récente et ne remontait guèreau delà de 1739, époque assignée par M. Th. Lavallée, Il est donc de toute évidence queVoltaire , ami des du Châtelet et non des Thorigny, n’a pu habiter l’hôtel au moment oùil travaillait à son poème, et que l’hôtel Lambert n’a aucun lustre à tirer de la conceptionde la Henriade .
Un dernier document, emprunté à Voltaire lui-même, vient trancher la question,supposé ce que nous avons dit plus haut et ce que personne ne conteste, que jamaisles Thorigny n’ont donné l’hospitalité à notre poète ; c’est une lettre écrite en 1739,document précieux, en ce sens qu’il nous apprend du même coup et le moment del’acquisition et le prix qui fut payé ; voici le passage de la lettre :
« Madame du Châtelet vient d’acheter une maison bâtie par un des plus grandsarchitectes de France , et peinte par le Brun et par le Sueur ; c’est une maison faitepar un souverain qui serait philosophe ; elle est heureusement dans un quartier éloignéde tout : c’est ce qui fait qu’on a eu pour deux cent mille francs ce qui a coûté deuxmillions à bâtir et à orner. »
Voilà qui est décisif. Ce point éclairci et le moment où notre édifice changea depossesseur établi d’une façon définitive, nous allons esquisser en quelques mots labiographie de la marquise du Châtelet. Nous disons de la marquise et non pas dumarquis, attendu que celui-ci n’est guère connu que par la réputation de sa belleet savante épouse, de même que celle-ci doit son illustration beaucoup plus à saliaison avec Voltaire qu’à son rôle dans la société, et à ses notions en physique eten astronomie. Nous empruntons nos détails à la Biographie universelle de Michaud,ce recueil si érudit et souvent si littéraire.
« Châtelet (Gabrielle Émilie le Tonnelier de Breteuil , marquise du), fille du baronde Breteuil, introducteur des ambassadeurs, naquit en 1706. Douée d’un esprit vif etpénétrant, avide de tous les genres d’instruction, elle apprit de bonne heure le latin,l’anglais, l’italien . Les grands écrivains de ces trois langues lui étaient familiers ; elleavait commencé une traduction de Virgile dont on a conservé quelques fragmentsmanuscrits. Elle réunit l’amour des arts et des lettres à l’étude des sciences les plusélevées ; elle avait des connaissances assez étendues en géométrie, en astronomie, enphysique. Elle épousa très-jeune encore le marquis du Châtelet-Lomant, lieutenant-général d’une famille illustre de Lorraine . Son mariage et les plaisirs de la cour ne ladétournèrent point de l’étude des sciences, dans lesquelles elle faisait chaque jour admirer
dont le Sueur a décoré une partie de votre hôtel sont très-dignes de vous être présentés : et ce serait vous refuser unhommage qui vous est dû, si ce nom n’était point à la tête de ce bel ouvrage. Cette maison célèbre par l’architecture dele Vau, et par les peintures de le Brun et de le Sueur, acquérera un nouveau prix, quand vous l’habiterez avec M me lamarquise du Chastelet qui fait autant d’honneur à son sexe que vous en faites à vous-même par vos talents dans la guerreet par vos vertus. Je suis avec respect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. G. Duchange.