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Tome troisième.
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PALAIS. CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.

IV.

M. Dupin Claude était né à Châteauroux , sur la fin du xvn e siècle. Il avait servi dansle régiment d'Anjou, avait obtenu le grade de capitaine, et ensuite était devenu fermiergénéral. Il avait la réputation d’un homme instruit et laborieux. Il mourut à Paris , le25 février 1769, dans un âge avancé. Au xvm e siècle, quand on n’était pas faiseur detragédies, et que cependant on savait penser et écrire, il fallait être ou philosophe ouéconomiste. M. Dupin, fermier général, obligé par état de manier les faits et de portersur eux sa réflexion, devait plutôt s’occuper dans ses écrits des intérêts matériels de lasociété que de ses intérêts spirituels, et disserter « sur la valeur de l’or et son produitnet », comme dit Beaumarchais, que sur le choix à faire entre la religion chrétienne , ledéisme et l’athéisme. M. Dupin composa des (Economiques , ouvrage extrêmement rare,mais dont la rareté ne fait pas le seul mérite. Il publia des Mémoires sur les blés , avec unprojet d’édit pour maintenir en tout temps la valeur des grains à un prix convenable ait ven-deur et à l’acheteur ; une Manière de perfectionner les voitures ; et enfin son principal ouvrage,pour lequel il fut aidé par le père Berthier, de la compagnie de Jésus , et par sa femme,qui aurait écrit la préface, des Observations sur l’Esprit des lois, où la partie financièrede ce fameux traité était discutée à fond et réfutée avec beaucoup de raison et de force.

Quant à M me Dupin, seconde épouse du fermier général, elle fut une des reines duxvm e siècle, mais des reines honorables ; femme complète dans la véritable acception dumot, ayant les grâces de son sexe, mais aussi les vertus, elle savait tour à tour semontrer frivole dans son salon, agréable et sérieuse dans son intérieur. Elle composaquelques écrits de morale où elle fut aidée par Rousseau. Elle traduisit aussi plusieursmorceaux de Pétrarque ; enfin elle mourut en 1800, dans sa terre de Chenoneeaux,âgée de près de cent ans.

Voici maintenant comment Ilousseau a parlé d’elle :

« M me Dupin était, comme on sait, tille de Samuel Bernard et de M me Fontaine. Ellesétaient trois sœurs qu'on pouvait appeler les trois Grâces : M 1116 de la Touche, qui fit uneescapade en Angleterre avec le duc de Kingston ; M me d'Epinay, l’amie, l’unique et sin-cère amie de M. le prince de Conti, femme adorable autant par la douceur, par la bontéde son charmant caractère que par l’agrément de son esprit, et par l’inaltérable gaieté deson humeur ; enfin, M me Dupin, la plus belle des trois, et la seule à qui l’on n’ait pointreproché d’écart dans sa conduite.

» Elle fut le prix de l’hospitalité de M. Dupin, à qui sa mère la donna avec une placede fermier général et une fortune immense, en reconnaissance du bon accueil qu’il luiavait fait dans sa province. Elle était encore, quand je la vis pour la première fois, unedes plus belles femmes de Paris . Elle me reçut à sa toilette. Elle avait les bras nus, lescheveux épars, son peignoir mal arrangé. Cet abord m’était très-nouveau : ma pauvretète n’y tint pas ; je me trouble, je m’égare, et bref me voilà épris de M lue Dupin.

» Mon trouble ne parut pas me nuire auprès d’elle ; elle ne s’en aperçut point. Elle