44 PALAIS, CHATEAUX, HÔTELS ET MAISONS.
vité peu commun. On retrouvait là sur la face principale du logis un parfum bibliqueassez en désaccord, il faut le dire, avec les mièvreries toutes gracieuses de l’édifice. Unepensée sévère s’était dessinée au sommet de l’édifice. Toutefois, rien dans cette construc-tion ne motivait ces applications d’une idée austère destinée à frapper puissammentl’imagination.
Une fois ce principe iconographique admis, cependant il faut bien dire que lessentences et les images bibliques se prêtent tout aussi bien que des images légères oupaïennes à la décoration d’un édifice du genre de celui-ci; mais alors il fallait n’en passortir, et appliquer ce système partout, à l’intérieur comme à l’extérieur. Non-seulementcette règle iconographique n’a pas été scrupuleusement observée dans toutes les partiesde l’hôtel du seigneur d’Écoville, mais encore, et notamment dans la lanterne que nousdécrivons présentement, on s’en est singulièrement éloigné. Cette fois, les sujets sontempruntés de préférence au paganisme et sont d’une convenance au moins douteuse.Ainsi, tout au sommet de la lanterne, se dresse une statue qui nous paraît représenterApollon , le dieu de la lumière, tandis qu’à côté et terminant la tourelle du petit escalier,on voit un personnage au bras élevé, qui doit être Moïse , premier législateur desHébreux.
Ce désaccord est frappant en même temps qu’inexplicable ; mais enfin il n’a riende précisément choquant au point de vue des convenances. On n’en peut dire autant,par exemple, au sujet des Chimères, à moitié féminines, placées sur les revers desdeux coupoles, entre chaque vase couronnant les pilastres et assurant leur stabilité.Ceci n’est rien encore, et serait loin de motiver la digression que nous commettons ici :mais entre les six colonnes qui supportent la calotte de la petite tourelle ou lanternon, sedresse audacieusement une statue de Priape à laquelle rien ne manque, hélas ! Le dieucornu se termine par une gaine, et sur cette gaine est figurée avec le plus grand soin la
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partie répréhensible de la statue. Heureusement, cette priapée est cachée sur notre gra-vure par une des colonnes ; mais il n’en est pas de même dans la réalité, où, avec ousans lorgnette, on peut voir d’en bas cette statuette inconvenante, qui n’a rien decommun comme noblesse d’idées avec les cavaliers énergiques et terribles de la façadeprincipale (1).
Donc, il faut bien se l’avouer, la partie iconographique de l’édifice se trouve scindéed’une façon assez fâcheuse. Ainsi, et comme opposition aux beaux sujets bibliques de lafaçade, on remarque çà et là des scènes toutes païennes et aussi des sujets scandaleux.D’où viennent ces désaccords étranges ? Quel esprit, quelles idées, ont donc présidé à ladécoration morale de l’édifice? Pourquoi ce mélange de sujets aussi contradictoires etopposés? Certes la Renaissance nous a habitués à bien des étrangetés, mais le mélangeinqualifiable de choses sacrées et de choses profanes que nous constatons dans le vieuxhôtel normand se soustrait, il nous semble, à toute indulgence, Il appartenait au
(1) S’il nous était permis de sortir du cadre de gravité qui est de rigueur dans un travail comme celui-ci, nous laisserionsapparaître ici l’image de certains visiteurs anglais qui, après avoir contemplé la statuette en question, sourient gravementet se retirent satisfaits, ne voulant rien voir autre chose dans l’édifice.