54
PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
de décoration. La construction, moitié brique, moitié pierre de taille, s’y trouve partoutaccusée et semble conçue et exécutée dans un bon esprit. On arrive du sommet de cetescalier à un belvédère oblong, la partie la plus élevée du château, et d’où l’on jouit d’unevue splendide.
Toute la décoration extérieure du château de Beaumesnil est d’une conceptionpuissante et vigoureuse, mais en même temps d’une exécution relativement grossière.L’architecte a voulu produire avant tout un grand effet, et il a réussi. Ce n’est plus là duLouis XIII fin et sobre, comme on peut fréquemment en rencontrer en France , et surtouten Normandie. A notre sens, Beaumesnil offre un peu de redondance. Diverses partiessont cependant parfaitement réussies, et à distance le tout devient une chose vraimentbelle et digne d’admiration. L’emploi, comme remplissage, de la brique rouge rehausséepartout de quadrilles de brique noire, dessine les ouvertures et colore harmonieusementles façades, qui se détachent en lumière et en vigueur sur les arbres qui leur servent defond.
L’avant-corps central servant de cage à l’escalier vient surtout faire preuve de puis-sance ; les lignes simples et vigoureuses sont dessinées par de fortes moulures qui n’ontaucun lien avec les corps de logis voisins. Tout n’est pas à louer, cependant, dans cettepartie principale de l’édifice, et en dehors de ce caractère de puissance et de force que noussignalons et qui est incontestable, nous ne voyons guère d’autre mérite à proclamer ; nousaurions par contre plus d’un défaut à mentionner. Ainsi le fronton de la porte principalese silhouette en une forme bizarre qui ne peut être proposée à l’imitation. Les faisceauxde colonnes des étages, faisceaux déjà trapus par leur proportion, le deviennent davantageencore par les tambours dont ils sont tous ornés. Les frontons, renfermant au rez-de-chaussée les armes du propriétaire et aux étages d’immenses cartouches dans le tympan,sont interrompus d’une façon assez malheureuse. Enfin, au sommet de cette partiecentrale, l’immense fenêtre de couronnement est soutenue de chaque côté par un grandfronton interrompu aussi et surmonté d’une balustrade ajourée qui est d’un goût très-contestable. Cet étage gagnerait assurément à la suppression de cette fâcheuse balustradeque nous avions crue d’abord ajoutée postérieurement, mais qui est bien pourtant, à n’enpas douter, de l’époque de la construction (voyez planche II).
Aux deux ailes adaptées à l’avant-corps central, on ne dit rien qui ne satisfasse lespectateur, et qui n’ait droit à des éloges ; les lucarnes seules laissent à désirer peut-être,et encore on ne peut nier que leur silhouette ne soit assez bien entendue : elles animentsingulièrement cet étage en rompant Funiformité du comble. Quant aux quatre grandessouches de cheminées que nous voyons se dresser dans les airs, nous devons dire qu’ellessont admirables et qu’elles sont à elles seules de véritables monuments.
Tout le rez-de-chaussée, sobre et ferme à la fois, est bien compris. Nous remarquons,dans le soubassement de l’édifice, les ouvertures destinées à éclairer le sous-sol où sontles cuisines et le logement des domestiques. Ces ouvertures, garnies de barreaux dentelés,ressemblent plus à des soupiraux qu’à des fenêtres (voyez planche III) ; mais lesouvertures des étages qui viennent ensuite sont d’une heureuse proportion et assez bien