62 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
a servi depuis et sert encore d’hôtel de ville et de justice de paix. Quant au châteaudont nous traçons la monographie, nous l’avons dit, il n’existe plus : on l’a démoli pourutiliser les belles choses qui avaient échappé à la dégradation et à la ruine. Il est fâcheuxque la municipalité, au moment de la vente des biens nationaux, ait laissé tomber auxmains des particuliers une résidence aussi belle et aussi riche d’architecture ; on
pouvait la consacrer à un service public ; au moyen de frais modiques, on l’eût
maintenue en bon état de conservation, et à cette heure encore elle ferait honneurà la ville dont elle fut si longtemps la décoration principale. Vendue à des particuliers,elle a été consacrée à un but utilitaire, et on l’a employée à tous les usages sans sepréoccuper de la restaurer. Il y a quelques années, quand nous avons recueilli nos
dessins, on y avait installé une fabrique de limes : cela suffit à faire comprendre à
quelles dégradations elle a été condamnée. Le portail d’entrée, une merveille de richesseet d’élégance, était tellement mutilé, que nous avons dû renoncer à le dessiner. Ily avait un parti à prendre afin de sauver d’une destruction totale les beautés qu’onpossédait encore : c’était de les transporter dans un autre édifice en les séparant dumonument auquel elles appartenaient. C’est ce qu’a pu faire M. Bourouet, amateur etcollectionneur distingué. Mais les cheminées, les boiseries, les plafonds, les lucarnes,seules parties encore en assez bon état, étaient tellement encastrés dans la maçonneriequ’il était impossible de les en séparer sans détruire les murailles. M. Bourouet a prisune décision héroïque ; il a acheté le château, l’a démoli dans son entier et a faittransporter dans un édifice en construction les trésors de beauté, de richesse etd’élégance qui avaient survécu, tant bien que mal, à trois siècles.
V
Le château d’Arnay-le-Duc était mal avoisiné. Il s’élevait à l’une des extrémités dela ville au milieu de ruelles infectes et de véritables masures. Lui-même, dans cesderniers temps, n’était plus rien qu’une vaste ruine, dont l’aspect extérieur était loinde rappeler sa splendeur passée : le manoir des Juilly et des Condés faisait peineà voir au milieu de ce quartier populeux et antiarchitectural. On n’arrivait devantlui que pour constater sur cette construction si riche et si soignée les dévastationsdu temps et des révolutions.
On ne retrouvait rien de l’enceinte primitive du manoir et des jardins qui devaientl’entourer. Un assez vaste terrain existait, il est vrai, de chaque côté du bâtimentprincipal, mais ce terrain, converti en vulgaire potager, n’avait rien d’un jardin sei-gneurial : il était en harmonie avec la décrépitude des bâtiments et provoquait lesmêmes regrets. Nous n’avons 'pas revu la cité d’Àrnay-le-Duc depuis que la démolitionde son château a été opérée, mais il est à croire que sur l’emplacement de ce chef-d’œuvreà demi ruiné, se dresse maintenant une de ces fabriques modernes bien nulle, bieninsignifiante comme architecture, moitié usine, moitié caserne, mais faisant la joie desfabricants de limes d’Àrnay ; ils se trouvaient mal à l’aise dans le vieux château.