DU XV e AU XVIII e SIÈCLE. 79
porte en est littéralement couverte ; nulle part le ciseau du sculpteur n’a cherché le repos,partout il a trouvé à exercer sa verve et son adresse intarissable, et certaines parties del'ornementation, les feuillages par exemple, sont exécutés avec un soin tel, qu’ils pour-raient rivaliser de finesse avec la nature. Ce n'est pas là une qualité sérieuse dans unmonument de ce genre, nous le savons, mais le fait voulait être signalé.
Cette porte de bois, comme la porte de pierre qui lui sert de cadre, peut passer pourun type de sculpture et de décoration bourguignonnes, et chacun sait que cette école aproduit, à partir du xi e siècle jusqu’à la fm du xvm e , un grand nombre d’œuvres em-preintes des qualités les plus réelles et les plus incontestables. Cette boiserie remarquabledu Palais de Dijon nous a donc séduit à plusieurs titres : par son abondance décorative etpar le précieux, le fini de sa sculpture d’abord, et ensuite par ce fait significatif qu’ellenous paraît résumer l’art sculptural et décoratif du milieu du xvi e siècle en Bourgogne .
Nous avons donc développé ce modèle de boiserie en trois planches. Dans la pre-mière (planche Y) est figuré l’ensemble, et dans les deux autres (planches VI et VII)sont divers détails présentés à une grande échelle. Ce développement, à peu près completau point de vue du dessin, nous permet d’être bref dans la description. Nous signa-lerons pourtant le battant de la porte, conçu et exécuté d’une façon extrêmement remar-quable. Le symbolisme n’en est pas absent ; nous y voyons une grande figure terminéeen gaine et entourée de boucliers, d’armes de toutes sortes, d’instruments guerriers etd’étendards, qui doit personnifier la Justice. Elle est nue et les bras sont coupés, la têteest hors d’un cimier qui lui sert, pour ainsi dire, de couronne, et derrière lequel secroisent le sceptre royal et la main de justice ; plus haut se dresse le glaive même de laJustice, et enfin tout au sommet, l’écu de France . Tout ceci est très-décoratif et exécutéavec une verve, une perfection qu’on ne saurait trop admirer; aussi l’artiste a-t-il atteintson but, et l’imagination est-elle sérieusement frappée à la vue de ces emblèmes agencésavec style, sculptés avec goût.
Nous sommes maintenant dans l’immense salle des procureurs ou des pas perdus, quivenait d’être restaurée au moment où nous relevions nos dessins. Nous n’avons rienvoulu reproduire de cette salle, où une décoration moderne a enlevé, du moins pournous publiciste, toute garantie de sincérité artistique et d’authenticité ; nous ne préten-dons pas affirmer qu’elle ne soit conforme à ce qui existait, mais le doute nous prenden y retrouvant un style pseudo-gothique à allure anglaise, qui ne se lie guère avecles autres parties franchement bourguignonnes de l’édifice. En somme, cette salle pro-duit un effet qui n’a rien de désagréable, à l’exception peut-être des charpentes apparentesdont l’ensemble nous a paru offrir une certaine confusion.
Les trois grandes fenêtres ogivales dont nous avons signalé l’existence sur le pignonéclairent seules de ce côté la salle des pas perdus, voûtée par un lambris ; les autresfenêtres du sommet du pignon sont destinées à éclairer les greniers. Le côté opposéde la salle est percé de deux fenêtres et d’une rose à meneaux flamboyants. C’est à l’ex-trémité de la salle et à la base de la fenêtre dont nous parlons, qu’existe la petite cha-pelle dite du Saint-Esprit, où se célèbre tous les ans une messe d’actions de grâces pour