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Tome premier.
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CASTRo.1545.

Grandes ac-tions de plu-ſieurs Portu-

gals.

Les aſſiégésmanquent deprovifions.

Mine qui enfait périr ungrand nom-bre.

Prodiges devaleur de lapart des hom-mes& desfemmes.

228 VOYAGES DES PORTUGAIS AUX

d'artifices& de la mouſquéterie avoit été ſi extraordinaire, que pluſieurs deceux qui n'étoient véêtus que de coton,„v oyant la flamme attachée à leurs ha-bits, avoient été obligés de ſe jetter dans'eau pour l'éteindre;& quelques-uns,[à demi-brülés, n'en étoient pas moins retournés à leurs poſtes. Maſ- Mcarenhas, pour prévenir le méême accident, leur fit faire une forte q'ha-bits, d'un grand nombre de cuirs dorés qui ſervoient de tapiſſerie dans ſesappartemens. Un jour, ayant découvert le matin que les ennemis avoientElevé pendant la nuit un mont, d'ou ils pouvoient obſerver ce qui ſe paſſoitdans le Chaäteau, il ſe mit ſur le champ à latéte de cent hommes, avec DomPierre d-Almeyde; il ſortit bruſquement,& non-ſeulement il détruiſit cettenouvelle machine, mais il ne rentra dans le Chàteau qu'après avoir fait mor-dre la poufſiére à plus de trois cens Mores. Un autre jour, Martin Botelloſortit vers le ſoir, avec dix hommes, pour prendre quelque Infidéle, de quiFon püt tirer des informations. Il tomba au milieu de dix-huit Mores„ à quila frayeur fit prendre auſſi-tõt la fuite, excepté un Nubien fort hardi, qui fitface aux Portugais. Botello, qui ne cherchoit point à lui öter la vie, ſe con-tenta de le faiſir au collet; mais voyant quil continuoit de réſiſter, il renou-vella raction d'Annaya; c'eſt-à-dire, qu'ayant pris le Nubien entre ſes bras,il courut vers le Chäteau, ouù il rentra heureuſement avec cette charge.CrPENPANT le déſordre que les feux d'artifice& Partillerie des afſie-geans avoient mis dans les proviſions, commengoit à faire craindre la fami-ne; qui étoit encore un ennemi plus terrible. On étoit déja réduit à des ali-mens qui révoltoient les plus affamés. Un corbeau, pris ſur les cadavres, é-toit un mets friand pour les malades,& ſe vendoit quatre ou cinq écus. Onm'étoit pas moins menacé de manquer de munitions. Lennemi, qui avoit re-gu un renfort de dix mille hommes d'Infanterie, préparoit de nouvelles at-taques,[& lon s'appergut bien-tôt que celles dont on découvroit les préẽpa-Æratifs n'toient pas les plus redoutabſes.] En effet, les Infidéles, étant re-venus à laſſaut, eſcaladerent le Baſtion de Saint-Jean,& ſe retirèrent auffi-töt;[mais leur deſſein n'avoit été que d'y attirer les Portugais.] A peine fu-.rent-ils deſcendus de leurs échelles, que le Baſtion, qu'il avoient miné ſe-crettement, ſauta tout-d'un-coup avec un fracas épouvantable. Dix-ſept(b)Portugais furent enlevés dans Pair. Dix retombérent ſans bleſſure;& lonadmira beaucoup'intrépidité de Diégue de Sotomayor, qui, fans avoir per-du ſa préſence d'eſprit, retomba la lance à la main. Mais un Soldat eut lemalheur d'etre jetté parmi les ennemis, qui le maſſacrèrent ſur le champ.Maſcarenhas avoit eu quelque preſſentiment de cette diſgrace, en voyantles Mores ſi prompts à ſe retirer. II avoit méême ordonné à ſes gens de quit-ter le Baſtion. Mais ils avoient été retenus par un téméraire, nommé Key-noſo, qui les avoit menacés d'accuſer leur retraite de lächeté.

LàA bréche ſe trouvoit ſi grande après cet accident, que les Mores, aunombre de treize mille, ſe haterent de retourner à l'attaque.[Ce récit pa-roitra fabuleux; mais qu'eſt-il permis d'oppoſer au témoignage de pluſieursgraves Hiſtoriens?] Cinq Soldats Portugais ſoutinrent ſeuls Peffort de cettemultitude d'Infideles,& donneérent le tems à Maſcarenhas de s'avancer avecle reſte de ſes gens. On ajoũte, à la vérité, que les femmes, armées com-

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(4) Angl. ſoixante& dix. R. d. E.