INDES ORIENTALES, LI. II. CHAr. XI. 329
Prince leur fit un accueil gracieux,& confirma les promeſſes de ſon Miniſ- Bisp& NEw*tre. Le jour ſuivant, on leur fit voir du poivre verd,& du poivre ſec, rov.mais ſi mal nettoyé, qu'Ingram demanda, pour premiere condition, qu'il 1588.füt préſenté en meilleur ordre. On lui répondit que le tems ne le permet-
toit pas pour cette année, mais que les Anglois ſeroient plus ſatisfaits l'année
ſuivante;& pour excuſer la négligence des Négres, le Veidore ajouta que
depuis le régne préſent il n'étoit pas venu de Chrétiens à Benin pour le com-
merce du poivre. On en fit livrer, déès le premier jour, douze boiſſeaux;&
'on continua d'en fournir une certaine quantité les jours ſuivans; de ſorte
que le 9 de Mars Ingram avoit déja regu ſoixante-quatre boiſſeaux de poivre
& vingt-huit dents d'éléphans.
(Ff) Lrs marchandiſes que les Anglois avoient portées étoient des étoffes de Marchandiſeslaine, de la toile, des ouvrages de fer de différentes ſortes, des bracelets decuivre, des grains de verre& de corail&c. Outre le poivre& l'yvoire, 8e.enea
ils prirent en échange de l'huile de palmier& des étoffes d'un tiſſu de co- ge.
ton& d'écorce de palmier. IIs ne virent dans le Pays ni or ni argent. Lamonnoye eſt une eſpéce de petit coquillage,[plus ou moins précieux, ſui-
vant certaines qualités que les Négres y diſtinguent.] Le coton étoit en abon- Propristès du
dance aux environs de Benin. Le pain eſt compoſé de la poudre d'une raci- Pays deßenin.
ne, nommée Inamia, qui eſt de la groſſeur du bras,& d'un goũt ſi agréa-FEble,[que lorſqu'elle eſt paitrie avec ſoin, l'Auteur la trouve préférable au
pain de l'Europe.] Les palmiers font en ſi grand nombre, que P'eſpèce de
vin qu'on en tire eft à fort bon marché. Loccupation de la plüpart des Ha-
bitans eſt à faire des nattes, des paniers, des cuilliéres& d'autres inſtrumens
d'yvoire, qui ſont travaillés fort curieuſement. Ils ont des oranges& quanti-
té d' autres fruits, du miel en abondance, des beſtiaux,& toutes ſortes de
poiſſon.
LEUR caractére eſt doux& ſociable. IIs ſont nuds, hommes& femmes,
juſqu'au tems du mariage; mais ils ſe couvrent enſuite, depuis la ceinture,
juſqu'aux genoux. Leur ſanté ſe défend contre l'intempérie des ſaiſons dans
un climat ſi chaud. Le tonnerre& les éclairs y ſont ſi fréquens& ſi terri-
bles, que pendant les premiers jours, il n'y avoit point d'Anglois qui n'eüt
le ſang glacé par la crainte. Mais les effets n'en ſont pas dangereux. L'eau„Bonté ſingu-
eſt ſi bonne à Benin,& Phabileté des Négres ſi ſingulière à la conſerver, que 1222 4
le Vaiſſeau s'en étant fourni pour ſa route, avec les précautions ordinaires
aux Habitans, elle ſe trouvoit encore pure& fraĩche aprêès ſix mois de na-
vigation.
CErPENDANT, ſoit la qualité de l'air, ou celle des alimens, un grand nom-
bre d'Anglois furent attaqués d'une fiévre maligne qui en fit périr pluſieurs Les Anglois
en peu de jours. Ingram atteint du même mal, fut renvoyé à Goto par le Feaeh
Capitaine du Vaiſſeau, qui l'étoit venu joindre à Benin. II y trouva tous les eäüeszilit.
gens de la Pinaſſe dans un ſi triſte état, qu'à peine eurent-ils la force de con-
duire juſqu'au Vaiſſeau les marchandiſes qu'il avoit fait apporter. II perdit
cinq ou fix Matelots en deſcendant la riviére;& ſe trouvant lui-même trop
affoibli pour retourner à Benin, il y envoya le Chirurgien du Vaiſſeau, dans
'opinion
F 8 8 4: 7;F) Ce Paragraphe& le ſuivant ne ſont tion de Velsh, d'où le Traducteur les a trant-pas tires de la Lettre d'Ingram, mais de laRela- portés ici. R. d. E.
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