Côorz p'On.
GEockAPHIE.
Ancien or-dre de Minaſous les Por-tugais.
Dignités qu'ilsy avoient éta-blies.
De quoi leurGarniſon étoitcompoſée.
128 vOYAGES AU LONG DES COTES
coup de careſſes par les Hollandois, qui ſont intéreſſés à ſe l'attacher, par-ce qu'il dépend de lui de s'adreſſer aux Comptoirs Anglois, ou Danois, ouPruſſiens. Ils lui marquent plus d'attention& de reſpect(†) qu'ils n'en auroientpour ſes Maitres dans toute autre occaſion.
Tovs les Vaiſſeaux Portugais, qui viennent du Bréſil, pour faire le Com-merce en Guinée, ſont ſujets à la viſite des autres Nations,& courent riſ-que d'être confiſqués s'ils apportent d'autres marchandiſes que de l'Or. LesHollandois prétendent les oöbliger de faire leur déclaration à Mina ou dansquelqu'autre Comptoir,& de payer certains droits; apréès leſquels ils leur ac-cordent la liberté de commercer au long des Côtes. Sans cette formalité,leurs Gardes-Còôtes ne manquent pas des'en ſaiſir. Un privilége, ſi humiliantpour les Portugais, vient à la FHollande de la ceſſion qu'elle leur a faite detout ce qu'elle poſſédoit au Bréſil, en échange pour ce qui leur appartenoitſur la Cêôte d'Or. Ce Traité, réel ou non, les a long-tems expoſés à toutesſortes d'outrages, ſans qu'ils en ayent fait des plaintes ou qu'ils ayent employéles repréſailles, juſqu'en 1720, que le Miniſtre de Portugal à la Haye, s'ef-forga d'obtenir là-deſſus un nouveau réglement().
ArRks la découverte de cette Côte par les Portugais,& les dépenſesqu'ils avoient faites pendant pluſieurs années pour y elever des fortereſſes,le Roi d'Eſpagne, dont ils devinrent les Sujets, ſe regardant comme le mas-tre abſolu de tous leurs Etabliſſemens, accorda, ſous un tribut annuel decent piéces d'Or, le Chateau de Mina& ſes dépendances à une Compagniede Marchands Portugais. II défendit en méme-tems, ſous peine de mort,à tous ſes autres Sujets, de porter leur Commerce dans les mêmes lieux ſansla permiſſion de cette Compagnie. Ce fut alors que le Chàteau fut mieuxfortifié qu'il ne l'avoit été depuis ſa fondation. Les Gouverneurs, dont leRoi s'étoit réſervé la nomination, étoient changés tous les trois ans. Ii choi-ſiſſoit, pour cet Emploi, d'anciens Officiers qui étoient demeurés ſans récom-penſe après de longs ſervices, qui trouvoient dans un poſte ſi avantageuxje moyen de faire promptement leur fortune(b).
L Es dignités qui ſuivoient le principal Commandement, étoient celles deChapelain, de Viador, ou de premier Facteur; de Procureur du Roi, oude juge; de Commandant de la Garniſon; de premier Commis de la Com-pagnie,& d'autres Officiers ſubalternes, qui faiſoient tous leur réſidencedans le Château. Les Soldats& les Artiſans avoient leurs logemens dans laVille voiſine,& ſe rendoient au Chateau pour l'éxercice de leurs fonc-tions, à des heures marquées. Mais lorſqu'il ne ſe trouvoit pas de Vaiſ-ſeaux dans la Rade, la garde ſe faiſoit avec beaucoup de négligence.
LàA Garniſon étoit compoſée de Criminels, qui avoient été bannis pourtoute leur vie. En 1600, leur nombre étoit ſi diminué, qu'il n'en reſtoit pasplus de trente, la plüpart accables de maladies,& renfermés dans une In-firmerie, hors des murs. Cependant Artus, qui les vit dans cet état, rendtémoignage(i) qu'il y avoit entr'eux pluſieurs perſonnes de qualité& d'hon-neur. Us étoient payés par le Roi, qui s'étoit chargé de toute la dépenſe Mi-litaire. Mais lorſque le Commerce eut commencé à languir, la Cour d'Eſ-
pagne
(f) Boſman, pag. 92.& ſuivantes.(b) Artus, ubi ſup. pag. 113.(&) Des Marchais, Vol. I. pag. 249.(i) Le mêeme, pag. 117.