OCCIDENTALES bDE YAFRIQUE, Lrv. IX. CHar. IV. 129
pagne ſe relächa beaucoup pour entretien de cette Milice. La foibleſſe&
la miſère de la Garniſon alloient quelquefois ſi loin, qu'un Soldat n'auroitpas 6ſé ſortir du Chaàteau, dans la crainte d'être pris ou tué par les Hollan-dois, ou par les Négres qui avoient embraſſé leurs intéréts. Enfin la ſituationdes Portugais étoit ſi triſte en 1600, qu’'ils ne recevoient pas annuellementplus d'une ou deux Barques de l'Europe,& que tout le Commerce de la Côteétoit déja paſſé entre les mains des Hollandois(½).
LRs Flottes de Lisbonne venoient à Mina deux fois l'année; dans le coursd'Avril& de May,& dans celui de Septembre& d'Octobre, qui ſont lesſaiſons pour cette Cêôte. Ces Flottes conſiſtoient ordinairement en quatre oucinq Vaiſſeaux, qui, aprêès avoir débarqué leurs cargaiſons, paſſoient unmois ou cinq ſemaines à ſe rafraichir& à prendre des proviſions. Les Négo-cians n'avoient pas d'autre peine que d'envoyer leurs marchandiſes aux Facteurs,qui leur faiſoienc remettre 1'Or à meſure qu'ils le recevoient en échange. Levoyage ne demandoit que huit ou neuf mois pour aller& revenir; au-lieuque les Hollandois y en mettoient ſouvent dix ou douze,& quelquefois dix-huit, parce que n'ayant point alors de Chäteaux ni de Comptoirs ouù ilspuſſent dépoſer leurs marchandiſes, ils employoient autant de tems ſur laCôte à finir leur Cargaiſon, que les Portugais à faire le Voyage entier. Ce-pendant ils envoyoient tant de Vaiſſeaux, que déès ce tems-laà le Commercedes Portugais étoit languiſſant,& ſuffiſoit à peine pour l'entretien de leursForts; ſans compter que les Hollandois donnoient les marchandiſes à meil-leur marché que les Portugais ne les achetoient à Lisbonne.
TàANDIS que le Commerce étoit entre les mains des ſeuls Portugais, lesNégres recevoient la loi d'eux pour le prix des marchandiſes,& ſe voyoientforcés, comme on'a déja remarqué, d'apporter de l'Or juſqu'à la valeur dequatre mille florins, pour obtenir que les magaſins fuſſent ouverts. Encoren'avoient-ils pas la liberté de choiſir. Il falloit prendre tout ce qu'il plaiſoitaux Portugais de leur préſenter. Ainſi le Commerce d'Afrique devoit ap-porter alors des profits immenſes au Portugal. Les Habitans du Canton deMina vivoient dans une ſi rigoureuſe contrainte, que ſur le ſoupgon dumoindre Commerce avec les Hollandois, ils étoient empriſonnés& toutesleurs marchandiſes faiſies. Dans ce tems, où le pouvoir des Portugais étoitcomme arbitraire, ils voyageoient librement dans les Pays voiſins de leurs
Etabliſſemens; mais, enſuite, à peine ôſoient-ils ſortir de leurs Garniſons,& les Négres ſecouèerent le joug par degrés.
CEPENDANT il fant avouer que le Pays eſt redevable aux Portugais depluſieurs avantages, dont il a continué de jouir après leur départ, quoiquedans lorigine, ils n'y euſſent cherché que leur propre intérét. Tel eſt celuide la multiplication de pluſieurs ſortes de beſtiaux, qui étoient tout-à- fait in-connus aux Négres de Mina; celui de la tranſplantation du maiz& des can-nes de ſucre,& celui d'avoir aujourd'hui, en abondance, des bananes,&quantité d'autres fruits qui n'étoient pas plus connus ſur leur Côte.
LEs Portugais ſupportoient beaucoup mieux que les Hollandois toutes lesincommodités du climat. On attribue cette différence à leur ſobriété. Mais
leurs
(†) Eid.V. Part. R
CòrE D'On.GEOCRAPHIE
Durée desvoyages deCommerce 3Mina.
Ancienneſévérité desPortugais.
Obligationque leur a leCanton de Mi-na.
Pourquol ilsont pris desfemmes du
Pzys.