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Scènes co-miques d'unCommandantNégre.
Commentles trois FortsEuropéensd'Akra ont étébaͤtis.
166 vOYAGESAU LONGDERSCOGTES
réparations de la Place. Les Danois de Frédéricksbourg, préès du Cap-Corſe,en ſollicitèrent la reſtitution,& Fobtinrent en 1682 pour une groſſe ſom-me. IIs y rétablirent leur Commerce, avec aſſez de ſuccès juſqu'’en 1693,qu'ils ſe laiſſerent ſurprendre par les Négres. Barbot fait le récit de cetévénement.
LEs Danois avoient offenſé le Roi d'Akra par quelqu'inſulte. Ce Prince,qui cherchoit Poccaſion de fe venger, prit le tems d'une maladie, qui avoitfort affoibli la Garniſon. II obſerva que les Danois prenoient beaucoup deconfiance à l'attachement d'un Négre nommé emi, qui, jouiſſant d'unegrande conſidération dans le Pays, avoit rendu d' importans ſervices à leurCommerce. II ne manqua pas d'artifice pour le faire entrer dans ſon projet.Aſſemi, gagné par de flateuſes promeſſes, fit croire au Gouverneur Danoisqu'il devoit lui venir un grand nombre de Marchands Négres pour acheterdes armes,& lui conſeilſa d'en hauſſer le prix. En effet, il parut au jourmarqué, avec quatre-vingt Négres altérés de ſfang, que les Danois regurentſans défiance. Lorſque le marché fut conelu,& que les Armes eurent êté payéesen Or, cette troupe perfide les ayant chargées de poudre& de balles, ſousprétexte de les mettre à l'épreuve, fondit fur la Garniſon qui nctoit que devingt-cinq ou trente hommes,& trouva peu de difficulté à s'’emparer du-Fort. Les trente Danois furent diſperſés dans divers Cantons du Pays. Leurdépouille& celle des magaſins valut au Roi d Akra environ ſept mille livresſterling. Le Fort fut donné au traitre Aſſemi(¼), qui, ſoũtenu d'une Gar-niſon de Négres, y entretint un Commerce fort avantageux avec les Vaiſ-ſeaux de diverſes Nations de l'Europe.
BosMAN, aprés avoir déploré le ſort des Danois, prend plaiſir à racon-ter divers changemens comiques qui arrivèrent dans leur Fort. Aſſemi, re-vêtu du Commandement, prit les habits du Gouverneur Danois,& ſe fitfaire des complimens ſous le même titre. Cette cérémonie produiſit plu-ſieurs ſcénes plaiſantes. II fit tonner ſon artillerie à l'arrivée des Bâtimensd'Interlope, comme s'il n'et jamais dü voir la fin de ſa poudre. Le Fortdemeura quelque-tems entre ſes mains. Mais il fut obligé de le remettre àdeux Vaiffeaux Danois qui abordérent ſur la Côte. Les Hollandois contri-busrent à cette reſtitution par leur entremiſe. Service, dit l'Auteur, qui futpayé d'ingratitude: mais ils eurent la ſatisfaction d'etre bien-têt vengés. LesDanois ayant dégarni leur Flotte, pour laiſſer une puiſſante Garniſon dansle Fort, devinrent la proie des Pyrates à la vüe méême des Côtes de Gui-née(d).
QuAND on conſidére le courage& humeur Martiale des Négres de cetteContrée, il paroit fort étrange qu'ils ayent p conſentir à ſe laiſſer briderpar trois excellens Forts, à ſi peu de diſtance l'un de rautre. Mais tel eſt lepouvoir des préſens, dans le Pays même qui produĩt l'Or. Le Roi d'Akra,gagné il y a quarante ans par ceux des Hollandois& des Danois, commengapar leur accorder la liberté de batir chacun leur Magaſin,& dy mettre unFacteur, ſous'obligation(e) d'un tribut annuel de ſept mares d'Or. Aprèsavoir obtenu cette premiere faveur, ils ne ceſſerent pas d'inſinuer aux Né-
gres,
(c) On trouve le méme récit dans les Mé-
d) Boſman, pag. 68. 8 1) Deux cens vingt-quatre livres ſterling.
(. 9„ 4*moires de Bloom, de l'année 1693.(e