OccIDENTALES pr FAFRIQUE, Liv. X. Cazsr. VII. 197
DAurREs, aprés l'avoir fait bouillir à l'eau, avec du ſel& du poivre de NrangsGuinée, font rõtir des ignames& des patates, dont ils compoſent une ſorte D;E LAde marmelade qui leur fert de ſauce. IIs paitriſſent des figues vertes, qu'ils Srnfont cuire ſous la cendre,& qui leur tiennent lieu de pain. Le bled d'Inde,rõti ſur le feu, leur ſert au même uſage. IIs font bouillir du riz avec de lavolailſe ou du mouton. C'eſt un ragot Portugais qu'ils aiment beaucoup,&qu'ils aſfaiſonnent avec du ſel& de l'huile de Palmier. Quelques-uns mangent
1
ſa chair de buffle& d'éléphant bouillie(4).MaAls la nourriture ordinaire des Négres eſt du millet bouilli en conſiſtence Leur mets
de paůte; ou des ignames& des patates bouillies de même, ſur leſquelles ils ordinaire.verſent de Phuile de Palmier, avec quelques herbes cuites à l'eau, en y joi-gnant un peu de poiſſon pourri. Ce mèts paſſe entr'eux pour excellent. IIs enont un autre, mais moins commun, qu'ils nomment Malaquette, compoſè depoiſſon, avec une poignée de bled d'Inde, autant de pate,& un peu d'huilede Palmier, qu'ils font bouillir dans l'eau tout-a-la-fois. L'Auteur rend témoi-gnage() que Phabitude le fait trouver aſſez agréable,& qu'il eſt fort ſain.La fauce des Négres eſt l'huile de Palmier pour toute ſorte d'alimens. Cettehuile eſt de fort bon goũt, lorſqu'elle eſt nouvelle. Auſſi-tôt qu'elle com-mence à s'épaiſſir, ils ne seen ſervent plus que(†) pour s'oindre le corps&ſe frotter les cheveux(g). Barbot dit qu'elle a de l'acreté dans le goũùt,&que Fodeur en eſt déſagréable aux Etrangers(5). Villault obſerve que lesMarchands, lorſqu'ils font aſſez riches pour ſe faire ſervir par des Eſclaves,mangent à la maniêre de l'Europe,& qu'ils ont leurs potages& leurs ragouũts,auſſi bien préparés qu'à Paris. Cet art leur vient des Cuiſiniers Frangois(i).Cependant le poivre eft toujours leur principal aſſaiſonnement.
irs mangent avec beaucoup de mal-propreté. Leurs ongles leur ſeryvent de Leur mal-coteau;& n'ayant ni fourchettes ni cuillères, ils ſe lancent, avec les doigts, proprété enchaque morceau dans le gozier. On les voit porter tous enſemble la main au mansgeant.plat,& prendre leurs ragoũts à poignées. II n'y a point d'éxagération à di-re qu'ils ſe les précipitent dans la bouche, car leur main ne touche pointà leurs lévres;& leur adreſſe eſt ſi ſurprenante, qu'ils ne manquent jamaisPouverture. Mais quoiqu'ils mangent avec tant d'appétit, on ne les voit ja-mais raſſaſiés. IIs paroiſſent toujours affamés, ſans qu'on en puiſſe donnerd'autre caufe que la chaleur de leur eſtomac. Cependant l'Auteur s'en éton-ne, parce qu'un climat ſi ardent lui ſemble plus propre à rallentir la digeſtion qu'àla häter. Il obſerve néanmoins que les Européens ont ici appétit plus vif qu'enEurope. Villault nomme celui des Négres une faim canine. II à remarqué,dit-il, que ce qui fuffit pour la nourriture de ſix Matelots ne raſſaſie point unNégre,& que ces eſtomacs barbares digérent facilement la chair crue().
LE;(4) Barbot, pag. 255. gros comme un gland, percé à un de ſes bouts(½) Boſiman& Barbot, ubi ſu⸗ de trois trous ronds& qui renferme trois a-
(f) Artus dit que le Palmier, d'ouè vient mandes qui reſſemblent à des noiſettes, mais
F'huile de Guinée, eſft le Palmier femelle,& qui n'ont que peu ou point de gouùt.]
ne donne pas de vin. II fait une autre deſcrip-(g) Artus, pag. 23.tion de ſon fruit que celle qu'on a déja lue(b) Barbot, ubi ſup.᷑an Tome Second.[II eft, dit-il, de la groſ-(i) Villault, pag. 167.ſeur d'une prune, de couleur d'Orange,&(*) Artus, pag. 24.& Villault, pag, 167.
noiratre à l'extrémité; il contient un noiau
Bb 3