dE ELACorE D'On.
Diſtribution2des faveurs
conjugales.
mmesgroſſes.
de VOYAGES AU LONG DESCOTES
dans ces occaſions elle regoit de la nouvelle femme un préſent de cing akkisd'Or; ou, ſuivant Villault, parce que ſur la Côte d'Or l'honneur& la ri-cheſſe des familles conſiſtent(m) dans la mulcitude des femmes& des en-fans. D'ailleurs, il paroit, ſuivant Artus, que le mari eſt obligé d'acheterſon conſentement par une(n) certaine ſomme d Or. Toutes les femmes qu'ilprend de cette manière ſont diſtinguees par le titre d' Etigafou, qui revientà celui de concuͤbine. Elles ont la liberté de ſe faire un amant, ſans que lemari puiſſe le pourſuivre en Juſtice(0).
VILLAUvLT confirme ce droit d'oppoſition pour la Muliere-grande, par unexemple qui arriva de ſon tems à Mina. Un riche Marchand Négre, nomméAntony, que le Commerce amenoit ſouvent à bord,& qui n'apportoit ja-mais moins de dix ou de douze marcs d'Or(p), étoit réduit à une ſeule femme,& ne pouvoit s'en donner d' autres„ parce qu'il lui manquoit le conſentementde cette impérieuſe Maitreſſe. En faifant à Villault l'aveu de ſon chagrin, ilFPaſfüra() que la patience dans ces occaſions étoit une loi inviolable.
ARTUs raconte que les maris ont le droit d'appeller celle de leurs femmesavec laquelle ils veulent paſſer la nuit. Elle ſe retire enſuite dans ſon appar-tement, avec beaucoup de précaution(r), pour cacher ſon bonheur, dansla crainte d'exciter quelque jalouſie. Boſman dit que l'émulation eſt fort viveentre les femmes pour les faveurs conjugales,& que le choix dépendant dumari, elles emploient tous leurs artifices& tous leurs charmes pour s'atti-rer la préférence. Mais, pour éviter les querelles domeſtiques, un mari ſa-ge rend la diſtribution égale,& les regoit toutes à leur tour. Cependant Vil-Jault affure que la Muliere-grande a le privilége de paſſer trois nuits chaqueſemaine avec ſon mari, tandis que les autres partagent le reſte entr'elles,ſuivant l'ordre de l'ancienneté. II ajoũte qu'elles(H) n'en vivent pas avecmoins d'harmonie. Artus dit que la Muliere-grande venant à vieillir, le marien choiſit une autre pour occuper ſa place,& qu'elle ne demeure pas moinsdans la maiſon, mais qu'elle eſt réduite à l'Office de Servante(t).
ConME les Négres font conſiſter leur richeſſe dans une famille nombreu-ſe,& que c-'eſt le premier avantage qu'ils font valoir aux Etrangers, ils rap-portent tous leurs ſoins à multiplier le nombre de leurs enfans. En général,ſeurs femmes ne ſont ni ſtériles ni d'une fécondité extraordinaire. II ſe paſſeordinairement deux ou trois années de mariage(v) avant qu'elles devien-nent mères. Villault n'attribue ce délai qu'à leur tempéramment,& prétendavoir remarqué que les plus(x.) fécondes ont rarement plus de quatre oucinq enfans. Des-Marchais rapporte, comme un autre obſtacle, qu'elles ſontobligées de les nourrir de leur jait pendant quatre années entiéres(„).
Unr femme enceinte eſt extrémement reſpectée dans la famille& traitéepar ſon mari avec des attentions extraordinaires. Si c'eſt ſon premier fruit,on fait de riches offrandes au Fétiche pour ſfa délivrance. Aufſi-tot qu'elle
s'appergoit
23⸗*
(m) Boſman, ubi ſusp.& Barbot, pag. 241.((n) Villault, pag, 184.((°) Artus, dans la Collection de De Bry,(-G
7) Villault,
rtus, ul2
2
1R à dire, la valeur de trois cens
, ou troils cehs quatre-vingt- quatre livres