b'ELBEk.1670.
Propoſitionsque Iui faitd' Elbée.
Réponſe duRoi.
Il demandedes marchan-aiſes plus ra-tes& plus prẽ-cieufev.
448 vOYAGES AULONG DES COTES
piqué. Une large Echarpe de taffetas lui ſervoit de ceinture. II avoit le reſtedu corps tout-à-fait nud; mais il portoit ſur la téte une ſorte de bonnet de toi-le bordée de dentelle,& par-deſſus, une couronne de bois noir, luiſant com-me P'ébéne, qui rendoit une odeur agréable. II tenoit dans la main un petitfouet, dont le manche, qui gtoit aufſi de bois noir, avoit pluſieurs ornemens.La corde étoit de ſoie ou de Pite.
D’'ErRRE s'Stant approché, avec trois profondes révérences, le Roi lui pré-ſenta la main& prit la ſienne. En la lui preſſant, il fit craquer trois fois ſonpouce, par un témoignage diſtingué d'affection& de faveur. Enſuite ayamfait apporter des nattes& des couſſins, il P'invita par un ſigne à s'aſſeoiravec fes deux Officiers, tandis que les domeſtiques attendirent hors de lagallerie.
ArR8s les complimens ordinaires, d'Elbée pria le Roi de laiſſer aux Fran-gois la liberté de ſe batir un Comptoir à leur gré, parce que celui qu'il leuravoit donné lui-même etoit trop perit& fort incommode. II ajoũta qu'il leſupplioit de donner des ordres pour la süreté du Directeur& des Facteursd'Offra. Le Monarque répondit que les Frangois pouvoient compter fur ſaprotection; qu'il ne ſouffriroit pas qu'on leur donnât le moinde ſujet deplainte,& qu'il alloit même ordonner que les dettes de ſes Sujets fuſſentpaytes dans Peſpace de vingt-quatre heures; qu'à'égard du Comptoir d Of-fra, il chargeroit le Prince ſon fils& les deux grands Capitaines de s'y ren-dre en perſonnes, pour faire angmenter les bätimens; mais qu'il ne pouvoitpermettre aux Facteurs Frangois de bätir ſfuivant les uſages de leur Pays:„ Vous commencerez, lui dit-il, par une Batterie de deux piéces de Canon;„Fannée d'aprés, vous en aurez une de quatre,& par degrès votre Comp-„toir deviendra un Fort, qui vous rendra Mattres de mon Pays,& capables„de me donner des loix. Hl accompagna ce raiſonnement de pluſieurs com-paraiſons fort juſtes& fort ingéenieuſes, avec un air ſi gai& tant de bonnes
plaiſanteries, que dElbée ne put Soffenſer d'un refus ſi gracieux& ſi po-
litique.Ir ajonta qu'il étoit furpris que le Royaume de France étant ſi ſpacieux&ſi rempli q'habiles ouvriers, la Compagnie chargedt ſes Vaiſſeaux de mar-chandiſes communes, telles qu'il en venoit d' Angleterre& de Hollande.DEbée répondit que ce premier Voyage n'toit qu'un eſſai de la Compagnie,pour reconnoitre la nature du Comunerce d Ardra; mais qu'à lavenir elle en-verroit à fa Majeſté ce que la France avoit de plus rare& de plus curieux. IIla pria de nommer ce qu'il trouveroit de plus agréable. Le Roi nomma une6pee Frangoiſe à poignée d'argent& un coutelas, de grands mirois, debelles toiles,[des ſbuliers&] des mules de velours,& de drap écarlate, edes gands parfumés, des bas de ſoie& quelques autres marchandiſes d'ajuſ-tement. DElbée Mi promit d'en apporter mi-même, ou d'en envoyer parle premier Vaiſſeau qui partiroit de France après ſon retour. Cette con-verfarion fat fuivie d'un préfent de deux piſtolets& d'un fuſil garnis d'ar-gemt, que le Roi parut recevoir avec beaucqup de fatisfaction. II invitaſe Commandant François à voir le Prince ſon fils, en Taſfürant que ſa viſiteſeroit regue volontiers, quoique le Prince fut dans la douleur d'une pertefort réceme. Enfuite le prenant par la main, il le congédia, avec vn.. e