OCcCcIDENTALES pr vUAFRIQUE, Lrv. XIII. CHar. VIII. 42
KAXLANDUIA, au fervice duquel Auteur paſſa près diun an& demi, avoit deelongs cheveux, ornés de pluſieurs nœuds de coquilles[de Bamba.] Autour ducol il portoit un collier de Maſos, petit coquillage qui ſe trouve ſur la Cête,& qui revient, parmi les Négres, à la ſomme de vingt ſchellings. A laceinture il avoit des pendans d'œufs d'autruche& un pagne d'etoffe de Pal-mier, aufſi fin qu'une etoffe de ſoie. Son corps étoit marqué de diverſes fi-gures,& frotté tous les jours avec de la graiſſe humaine. IIl portoit au tra-vers du nez un morceau de cuivre, long de deux pouces,& le même orne-ment aux oreilles. Sa noirceur étoit déguiſée par des vernis rouges& blancs.II étoit continuellement accompagné de vingt ou trente femmes, dont Iuneportoit ſon arc& ſes fléches;& quatre autres, les coupes ou les taſſes dontil ſe ſervoit pour boire. Elles ſe jettoient à genoux lorſqu'il buvoit, elles bat-toient des mains& chantoient quelque air de leur muſique().
LEs femmes des Jaggas portent leurs cheveux, avéec de hauts toupets, en-tremélés de coquilles. Elles s'enduiſent le corps de muſc. Ceſt une beauté,parmi elles, d'avoir quatre dents de moins, deux en haut& deux en bas.Celles qui n'ont pas le courage de ſe les arracher, ſont ſi peu eſtimées,qu'on ne veut ni manger ni boire avec elles. Leurs bras, leurs jambes, leurcol, ſont chargés de coliers& d'anneaux. Autour des reins elles portent unpagne de ſoie(1).
ErLEs font fécondes; mais, dans leurs marches, les Jaggas ne ſouffrent pasqu'elles multiplient,& leurs enfans ſont enſevelis au moment qu'ils voyent le
jour. Ainſi ces guerriers errans meurent ordinairement ſans poſtérité(m). IlIsapportent pour raifon de cette conduite, qu'ils ne veulent pas étre troublẽéspar le ſoin d'élever des enfans, ni retardés dans leurs marches. Mais s'ilsprennent quelque Ville, ils conſervent les gargons& les filles de douze outreize ans, comme s'ils étoient nés d'eux; tandis qu'ils tuent les pèéres& lesmeres pour les manger(n). IISs trainent cette jeuneſſe dans leurs courſes,aprês leur avoir mis un collier, qui eſt la marque de leur diſgrace,& que lesgargons doivent porter juſqu'à ce qu'ils ayent prouvé leur courage en offrantla tête d'un ennemi au Général. La trace de leur infaämie diſparoit alors. Lejeune-homme eſt déclaré Conſo, c'eſt-à-dire, Soldat. Rien n'a tant de forceque cette eſpérance pour échauffer leur courage. Battel apprit que dans toutEele camp il n'y avoit pas plus de douze vrais Jaggas, qui étoient leurs Capitai-nes,] ni plus de quatorze ou quinze femmes de la même Nation; parce qu'ayantquitté leur Patrie depuis plus de cinquante ans, leur Armée avoit eu le tems defe renouveller plus d'une fois. IIs étoient au nombre de ſeize mille dans leur
camp,& ce nombre groſſiſſoit quelquefois par des incorporations.KALANDULA(c) n'entreprenoit rien d'important ſans avoir fait un ſacrifi-ce au Diable. II choiſiſſoit le matin pour cette cérémonie, avant le lever duSoleil. On lui préparoit une ſellette, ſur laquelle il prenoit place avec beaucoupde pompe, la tête couverte d'un bonnet ornêè de plumes de paon. Il avoit, pouraſſiſtans,
(n) Battel ayant vécu ſi long-tems avecux, s'ils ne ſont point Antropophages tous
8“ ſes autres récits ne méritent aucune foi.[Nousétre. Car de cette manieère, il y a longstems avouons cependant, que nous en doutons.]que tous ces pais devroient étre déſerts. ⁵½(°) Ou Kalandola.
VWI. Part. Hh
PAYs erR-coxVoIsINs.IX6eAs.
Parure deKalandula,Chef des Jag-
82s.
femmes desJaggas.
Les Jaggastuent leurs enfans dansleurs mar-ches.
Commenhtils ſe recru-tent.
Affreux ſa-crifice du Gé-néral des Jag-
gas.