DE LA C HIN E, Lrv. I. CHAvr. VIII. 2
1
—91
nation parut extréeme. Comme on étoit ſans artillerie, les Miſſionaires eu-
rent part à la frayeur commune. Cependant on reconnut à la fin, que c'é-toit un arbre détaché de la cte. La terre& les cailloux qui reſtoient autour deſes racines le faiſoient flotter ſi droit, que la hauteur de ſon tronc& la lar-geur de ſes branches préſentoient l'apparence d'un Vaiſſeau, avec ſes mats,ſes ponts,& tous ſes agrets.
EN arrivant à la vüe d'-Emouis(n)(°), für la cotede la Chine, Iſle fameuſepar la commodité de ſon Port, le changement ſoudain du vent, ſuivi d'un
calme,& de nuées épaiſſes qui couvrirent Phorizon, firent craindre aux Pi-lotes approche d'un Typhon, orage le plus terrible des Mers de la Chine&
du Japon. Si le Capitaine d'un Vaiſſeau meſt pas fort:habile, 1'équipage nom-breux,& le Bàtiment à l'épreuve des flots, leur perte eſt infaillible. Le Typhoneſt un vent furieux, ou pluùtòt un aſſemblage de tous les vents, qui ſoulevantles vagues de tous côtés, ſécouent un Batiment d'une maniere épouventable.Comme il dure ordinairement plus de trois jours, les Matelots à la fin ſe trou-vent épuiſés de fatigue;& le Vaiſſeau demeurant comme abandonné à lamerci des vents, ne manque point d'étre mis en pieéces, ou lancé contreles rochers. On avoit paſſé trois jours dans l'attente de ce triſte ſort, lorſqu’ilvint à'eſprit des Mifſionaires de recourir à la protection de S. Frangois Xa-xier,& de joindre un vœu à leurs priéres. A peine furent-ils relevés, aprèsavoir prié à genoux, que ſoit par un miracle du Ciel, ſoit par le cours natu-rel des choſes, il s'éléva un vent favorable qui les conduiſit au Port.
JAMAls le Péêre le Comte n'avoit rien vũü de ſi effrayant que ce nombre in-fini de rochers& d'Ifles deſertes que ſon Vaiſſeau eut à- traverſer. Dans quel-ques endroits, les canaux n'avoient pas dix() braſſes de largeur. On paſſa autravers d'une baye affez large, oùu les Chinois gardent un profond filence,dans la crainte, à ce qu'il paroit, de troubler le repos d'un dragon voiſin.Les Miſſionaires en prirent occaſion de la nommer Baye du Muet. Aprésavoir paffé quelque tems entre ces horribles roches, ils arrivéèrent à la vüed'une petite Ville, nommée Tim-hay(4), c'eſt-à-dire, limites de la Mer,ſituée à l'embouchure d'une riviére, dans laquelle ils entrérent auſſi-têt,pour aller jetter l'ancre trois milles plus haut, prẽs de la Ville de Ning-po(r).Ils avoient employé trente-ſix jours dans leur voyage. Mais quoiqu' ils ſe trou-vaſſent ſi prês de la Ville qu'ils s'étoient propoſée pour terme, il ne leur futpas aiſé d' y entrer. La Chine eſt un Pais où les cérémonies ſont fort-embarraſ-fantes. Le Capitaine ayant jugé à propos de dérober les cinq Miſſionaires auxyeux du public, ils furent renfermés au fond de calle, où la chaleur& d'au-tres incommodités rendirent leur ſituation preſqu'inſupportable. Mais toutesces précautions n'empéchèérent point qu'ils ne fuſſent découverts par un Officierde la Douane, qui aprés avoir pris F'état de la cargaiſon,& hiſſé un homme
pour=(n) Ou Emvwvix. Françoiſe ou Angloiſe. C'eſt peut-Stre une er-(°) Geſt ſans doute la même Ifle qui pa- reur pour Chi„Ville ſituge ſur la rive
rut ſi ſouvent dans les Ambaſfades Hollan- Nord, à l'entrée de la rivière; au lieu que
doiſes ſous le nom d'A.moui. Ting-hay eſt dans l'Ile de Cheu- ſchan(1).(pP) Angl. dix R. d. E.() NMing po eſt à dix milles de l'cmbou-
(2) Ou Ting-bay; ſuivant l'ortographe chuͤre de la Rivière.
(1) Agl. Chwrm-Shau. R. d. E.
Dd
Fyphon, o-
8 M
Rochers&Ifles déſertes-
Baye duMuet.
Les Miſſio-naires ſe ca-
Ils ſont dé-