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Tome septième.
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Matelots Chi-nois à la vũe

d'un Temple.

Crainte pa-nique, cauſéebar un arbre.

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210 vOYAGESDANSLE MPIRE

vigation; ils'encenſent continuellement,& Iui offrent des viandes en formæde facrifice. Deux fois le jour ils jettent de petits morceaux de papier dorédans la Mer, comme pour la mettre dans leurs intéréts. Quelquefois ils luipréſentent de petits Bateaux de la même matiere, afin que les vagues occu-pées à les agiter& à les ſubmerger, n'ayent pas le tems de nuire au Vaiſſeau.Mais ſi rien n'eſt capable de ſatisfaire ce furieux 6lément,& qu'il devienneindomptable, ils brülent alors des plumes, dont la fumée& v'ardeur() ſuffi-roient pour chaſſer le diable, auquel ils attribuent la violente agitation desflots.

UN jour qu'’'ils paſſoient devant une montagne, ſur laquellè ils avoient unTemple, ils ne fe contentèrent pas de leurs cérémonies ordinaires, qui con-ſiſtoient à préſenter des viandes, à bruler des chandelles& des parfums, àjetter du papier doré dans la Mer,[& dans une infinité d'autres pratiques ſot-tes& ridicules;(X)]&c; mais s'attachant tous au travail, veſpace de cinq; ouſix heures, ils fabriquêrent un petit Vaiſſeau de la forme du leur,& long dequatre pieds; l'art m'y avoit laiſſé rien manquer. On y voyoit des màts, descordages, des voiles,& des pavillons. Il avoit une bouſſole; un gouvernail,une chaloupe, des armes, des uſtenciles de cuiſine, des vivres, une cargai-ſon,& des Livres de compte. On avoit barbouillé de petits morceaux de pa-pier, qui repréſentoient les hommes du Vaiſſeau,& qui étoient diſpoſés dans lesplaces convenables. Cette machine ayant été placée ſur deux trétaux, fut é-jevée au bruit d'un tambour& d'un baſſin de cuivre, à la vꝗe de tout l'équi-page. Un Mäatelot, revétu d'un habit de Bonze, joua le premier rõle de cet-te farce, en faiſant pluſieurs ſingeries avec un bàton à la main,& pouſſant,par intervalles, de grands cris de joye. Enfin le miſtérieux colifichet fut aban-donné aux flots,& ſuivi des yeux avec de grandes acclamations, juſqu'à cequ'on le perdir de vqe. Catte ridicule ſcêene, ajoũte PAuteur, divertit beau-coup les Matelots, tandis que leur aveuglement nous génétroit de dou-leur(1).

g EELonrz tems aprés, les Matelots s'imaginérent qu'ils avoient apperçu unVaiſſeau, dans une partie de la Mer qui eſt fort-infeſtée par les Pyrates.é Ilsavoient de fort bons verres d'obſervation(m), au travers defquels ils croyoientdecouvrir des màts& des voiles. Quelques-uns voyoient juſqu'aux cordages,& ne pouvoient douter, à ſes mouvèmens, qu'il n'e0t deſſein de s'approcherd'eux. On ſe hâta de mettre le Vaiſſeau en état de défenſe; mais la conſter-

nation

(i) Angl.& l'odeur abominable. R. d. E.⁵¾-(X) Sottes& ridiculer! Voilà, Meſſieursde la Religion Romaine, les belles epithètesque ce jéſuite donne aux actes de votre Dé-votion. Pouvez-vous vous imaginer en effet,que ſi les pratiques des Chinois dans le cultede leurs Images ſont impertinentes, les vô-tres ne le ſoient pas auſſi? Il eſt vrai que cesImages ſont appellées ici des Idoles, mais c'eſtuniquement pour vous faire illuſion, puiſqueceux qui leur donnent ce nom, ſavent très-bien, que les Chinois ne les conſiderent pascomme des Dieux,& ne s'en forment pas d'au-tres Ildées, que celles que vous avez des vo-

tres. Si les premières ſont des Idoles, les vo-tres doivent donc l'être aufſi. Si les Chinoisſont des Idolàtres, vous l'étes par conſéquentauſſi vous-mêmes.⁴-A(1) D'ou vient donc qu'ils ne reſſententrien de pareil, en voyant les Portugais, dansun tems d'orage, habiller un St. Antoine,le fouétter,& le jetter enſuite dans la Mer 2Cependant cette Erreur eſt non-ſeulement plusgroſfiere que celle des Chinois, mais elle eſtencore criminelle dans ceux qui s'y livrent.(m) Apparemment un ſorte de lunette,d'approche. R. d. T.