214 VOYXAGES DANS LE MPIREGouverneur fit demander aux Miſſionaires s'ils vouloient luirendre à leur Chapelle en cérémonie,implorer FPaſſiſtance du Ciel. Non-ſeulement ils y conſentirent, mais ils l'aſ-fürérent que s'il prioit avec foi& ſincérité, il obtiendroit du Ciel ce qu'i
permettre de ſe& de joindre ſes prières aux leurs pour
dẽéſiroit.
TANDIS qu'ils ſe préparoient à le recevoir, ils virent arriver ſon Sécrétai-re, qui venoit leur dire que ſon Maitre étoit obligé de ſe trouverà huit heures du matin ſur une montagne voiſine
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le même jourpour offrir, avec quelquesautres Mandarins, un Sacrifice au Dragon; mais qu'il ne manqueroit pas devenir le lendemain à la Chapelle Chrétienne. IIs preſſérent le Sécrétaire deretourner vers ſon Maitre,& de lui déclarer que le Dieu des Chrétiens eétoitun Dieu jaloux, qui ne pouvoit ſouffrir qu'on rendit à d'autres Dieux des hon-neurs qui m'Stoient düs qu'à lui(9h), que les Idoles de la Chine étoient lesimages de diverſes créatures, aulſi peu capables de ſervir autrui que de s'ai-der elles- memes,& qu'elles ne méritoient par conféquent que du mépris.L. Auteur eſt perſuade que ce diſcours fit une juſte impreſſion ſur le Gouver-neur, mais que la force de quelque intéret temporel le retint dans l'erreur.(«c.) Les Miſſionaires étoient prets d'imiter la conduite de S. Frangois Xavier,en élcvant comme lui une croix dans la Ville à deux conditions:'une qu'’ ilsobtiendroient du Ciel la pluye dont on avoit beſoin; l'autre, que ſi Leffetrépondoit à leur promeſſe, les Habitans renverſeroient leurs Idoles,& ren-droient hommage au veritable Dieu(4). Mais quelques-uns d'entr'eux fu-
rent d'avis de ne rien hazarder quiligion(*).
=—(à5) Quels reproches le Gouverneur wedt-il pas été en droit de leur fatre, s'il cür ſWüque le Concile de TPrente a décidé, que les L-mages étoient placées dans les Temples, afinqu’'on leur rendit un culte, ou qu'on les ado-ràt, ut colantur,& qu'il permet qu’'on bruͤlede l'Encens à leur honneur, qu'on les baiſe,& qu'on ſe proſterne devant-elles. Ne ſont-cepas là les marques extsrieures les moins équi-voques d'un véritable culte?2⁵-(c) On peut voir par cet exemple, ſurquels foibles fondemens les Miſſionaires jugentque les Infideles ont du penchant pour leur R-ligion.
(4) Le Peêre le Comte ſemble croire iciqu’ils ne reconnoiſſent pas le vrai Dieu. Maisne faiſant qu'arriver, il pouvoit être encore
peu chancélante,
püt commettre les intéréts de la Ré-
leur coͤté, ils ne s'engageoient à rien, s'ils nepouvoient point obtenir de pluie.]
(e) II paroit que leuvr propre Foi gtoit un
ou plütét us craignoient
de tenter le Ciel. La Roque raconte, dans ſon
Voyage de Syrie, que les Chrétiens de Sidonaypant fait inutilement des proceſſions pourobtenir de la pluie, les Mahométans, qui enfirent à leur tour, furent plus heureux. Mais,qui rendra compte des vũes du Ciel? Ici l'onne voit pas que le Gouverneur Chinois ait in-ſiſté ſur ſon premier deſſein.[Voici la ſecon-de Note telle qu'elle eſt dans l'Anglois. UIparoit par-là qu'ils n'etoient pas surs eux-mê-mes du ſucces, ſuppoſé que la propoſition dontil sagit ett été faite& acceptéc. De ſorte queceux qui furent d'avis, qu'il ne falloit rien
mal inſtruit.[Si le Traducteur, plus ſcrupuleuxo hazarder, avoient certainement raiſon. L.'Au-
qu'à ſon ordinaire, n'a pas Oſe ſupprimer cet-te remarque non plus que la ſufvante, il s'eneſt dédomagé par les retranchemens& les au-tres changemens qu'il a faits à l'une& à l'au-tre. Dans la premicre les Auteurs Anglois ac-cuſent le Pére le Comte de vouloir infinuerfauſſement que les Chinois ne reconnoiſſentpas le vrai Dieu. D'ailleurs, ajoutent-ils, laPropoſition des Miſſionaires étoit tres-injuſte;puisqu'ils exigeoient des Chinois de renoncer¹ leur Idolatrie, en cas qu'il plut,& que de
teur ne nous dit point, s'ils prigrent pour obté-nir de la Pluie. La Roque, Papiſte Bigot, rappor-te dans ſon Voyage de Syrie, que les Miſſionai-res firent à Sidon pluſieurs proceſſions, dansle méême but, mais toũjours inutilement;&que le jour après les Mahométans en ayant faitune de leur cêté, il tomba une Pluie abondan-te. Ces Meſſieurs trouveroient-ils raiſonna-ble, qu'on conclut de-là que la Religion Ma-hométane eſt meilleure que la leur?]
g. II.