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Tome onzième.
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AUX INDESOCRIENTALES, Lrv. I. 19

habitans manqueroient même du néceſſaire, s'ils n'étoient accoũtumés à s'enpaſſer, en vivant comme les brutes, dont ils ne différent guêres que par lafigure. Leur principale nourriture ſe tire d'une plante ſauvage, nomméeFoutou· foutou, dont le fruit eſt fort mal-ſain. IIs ont peu de riz, parcequ'ils ne ſavent ce que c'eſt que de cultiver les terres. On compte juſqu'àvingt& trente familles de ces Inſulaires dans une même maiſon. Leur ca-ractére n'eſt pas féroce, quoiqu'ils ſoyent d'une grande ſimplicité. ChaqueIfle a ſon idiome,& un Démon particulier à qui elle eſt conſacrée. Leshabitans de Kabrouwang, qui eſt la plus méridionale de ces Iles, ſe diſentcependant Chrétiens, mais ils ne le ſont tout au plus que de nom. On ytrouve deux Villages& quelques maiſons autour de P'Ifle qui dépend du Roide Sjauw,& peut avoir environ dix lieues de circuit. Les Rois de Ta-boucan, de Tarouna& de Mangenitou, qui font leur réſidence à Sangir,& celui de Tagulanda, dont le féjour eſt à Pangaſare, partagent entr'euxles Ifles de Lirong ou Talani, de Karkalang ou Pouloutang& de Nouſſa ouNounouſſa. La premiere a cinq lieues de long ſur une demie de large.On y compte huit Villages,& dix dans la ſeconde, qui eſt la plus grande.Elle forme comme un triangle. Sa longueur du Nord-Queſt à'Eſt, eſt de ſeptlieues,& il y en a huit de cette pointe à celle du Sud-Queſt. Dans ſa plusgrande largeur de l'Queſt à l Eſt, où'on voit de fort hautes montagnes, ellea environ quatre lieues, mais elle va voùũjours en récréciſſant vers ſes deuxbouts. Nouſſa, qui eſt la derniêère de ces Iſles au Nord-Eſt, a une demie lieuede long ſur autant de large,& contient ſeulement trois Villages. Le nombredes habitans de ces ſix Iſles, monte à huit mille, dont deux mille ſix censcapables de porter les armes.

NrE quittons point les Ifles de Talaut, ſans dire un mot de celles deLalouga, quoiqu'on n'en connoiſſe ni le nombre, ni les propriétés, ni mè-me la ſituation. Des hommes ſauvages, d'une figure étrange, ayant étépouſſés vers les Ifles de Talaut& de-là tranſportés à Ternate, firent nai-tre aux Hollandois l'envie de chercher leur Pays. Un Commiſſaire nomméDavid Haax le découvrit en 1694, fans en rapporter d'autres éclairciſſe-mens. Quelques années après, ces Sauvages, qui avoient appris à s'ex-pliquer en langue Malaye, furent renvoyeés dans leur patrie; mais un deleurs Conducteurs s'étant obſtiné à ſe rendre à terre avec eux, contrele conſeil des autres, ne fut pas plutòôt deſcendu ſur le rivage, que leshabitans le mirent en pieces& le mangerent à la vüe de ſes Compagnons,qui ſe felicitoient de n'avoir pas ſuivi ſon exemple.

Av Sud des Hles de Talaut, eſt la grande Ile de Sangir, qui s'étend de-puis le quatrieme juſqu'au troiſieme degré de latitude. Entre ſa pointeſeptentrionale& les Hles de Talaut, qui en ſont éloignées de dix-huitlieues, on en paſſe ſept autres connués ſous les noms de Cabicu. de Mobo-re, de Memanou, de Cambole, de Memounot, de Caboulouſou,& de Lim-pang. Ces petites Ifles m'ont rien de remarquable ſi ce n'eſt que les Inſulai-res s en ſervent pour y relächer& attendre le beau tems, afin de pouvoircontinuer leur voyage avec plus de confiance. Car, outre que ce ſont demauvais Mariniers, ils ſe perſuadent qu'ils ſeroient infailliblement malheu-reux, sils manquoient de ſe rendre à Pune ou à autre de ces Iles, mais fur-

C 2 tout

DEschIFrTIONDES ISL.ESMoLrvQurg.

ſles deLalouga.

Iſles deSangir.