Band 
Tome onzième.
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146
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MorunsET UsAGEsDE LISLEDE CEVYLAN.

1697.

Religion dePIfle de Cey-lan.

Temples&Préetres.

lMdoles.

146 VvOYAGE DE KNON

eſt de faire tomber ſur leurs ennemis de grands arbres touffus, qu'ils cou-pent expréès,& de faire pleuvoir ſur eux une gréele de fléches& de balles,tandis qu'ils les voyent dans'embarras. Mais avec cette méthode ils n'ontjamais pül défendre les Côtes de leur Ile, qui ſont plus nües que leursmontagnes. Cependant ils ont acquis beaucoup d'expérience par les lon-gues guerres qu'’ils ont ees avec les Portugais& les Hollandois. La plü-part de leurs Généraux ayant ſervi ſous les Européens, dans les intervallesde paix, ont pris le gout de nôtre diſcipline, qui les a rendus capablesde battre quelquefois les Hollandois,& de leur enlever pluſieurs Forts. LeRoi donnoit autrefois un prix rêèglé à ceux qui lui apportoient la tete d'unennemi. Mais ce barbare uſage ne ſubſiſte plus(m).

LàA Religion des Chingulais eſt l'Idolatrie. IIs rendent des adorations àpluſieurs Divinités, qu'ils diſtinguent par différens noms,& dont la prin-cipale eſt celle qu'ils appellent Oa Polla Maups, cC'eſt-à-dire, dans leurlangue, Créateur du Ciel& dela Terre(n). Iis croyent que ce Dieu ſupréè-me envoye d’'autres Dieux ici bas, pour y faire exécuter ſes ordres,&que ces Dieux inférieurs ſont les ames des gens de bien, qui ſont morts dansla pratique de la vertu. Une autre Divinité du premier ordre eſt celle qu’ilsnomment Buddou, à laquelle il appartient de ſauver les ames,& qui éetantdeſcendue autrefois fur la Terre, ſe montroit quelquefois ſous un grand ar-bre nommé Bogaba, qui eſt depuis ce tems-là un des objets de leur culte.Elle remonta au Ciel du ſommet d'une haute montagne, où l'on voit encoreTempreinte d'un de ſes pieds. Le Soleil& la Lune ſont aufſi des Dieuxpour les Chingulais. IIs donnent au Soleil le nom d'Irri,& à la Lune celui deflanda, auquel ils joignent quelquefois celui de Haumi, titre d'honneur desperſonnes les plus relevées,& celui de Dio, qui ſignifie Dieu dans leur lan-gue, mais qu'ils ont emprunté apparemment des Portugais(°).

LE nombre de leurs Pagodes& de leurs Temples ſurpaſſe toutes lesidées qu'on peut s'en former. On en voit pluſieurs d'un travail exquis,bàtis de pierre de taille, ornés de ſtatues& d'autres figures, mais ſi an-ciens, que les habitans mêmes en ignorent l'origine. II eſt certain qu'ilsla doivent à des ouvriers plus habiles que les Chingulais, puiſque la guerreen ayant ruiné pluſieurs, ils n'ont pas été capables de les rebàtir. Quel-ques-uns de ces édifices, ſur-tout ceux qui ſont dédiés au Dieu Buddou, ontla forme d'un colombier quarré& ſont à double étage. Les chambres hau-tes n'ont pas moins leurs Idoles que le Temple inférieur. IIl s'y en trouved'une figure monſtrueuſe, les unes d'argent, d'autres de cuivre& de diffé-rens métaux. On y voit auſſi des bätons peints, des targes& d'étrangesſortes d'armes(p), des hallebardes, des fléches, des lances& des épses.On n’'appergoit point d'armes dans le Temple du Budelou, qui eſt un Dieude paix. Les figures y repréſentent des hommes qui ont les jambes croi-ſées, vetus de caſaques jaunes, les cheveux friſés,& les mains l'une ſurFautre devant eux comme les femmes. Chaque Temple a ſes revenus enterres, qui leur viennent de la libéralité des Rois,& Knox avance hardi-

ment(m) Pag. 90.(°) Pag. 147.(u) Pag. 146.(p) Pag. 149.