AUX INDES ORIENTALES, LIv. II. 207
ſon pèêre elle n'avoit pas ceſſé de demeurer dans cette Province. Le Prin-ce des Lavaleffes, qui en avoit fait une de ſes femmes, refuſa de la rendre& ſe retira dans des lieux ouù il étoit impofſible de le forcer. Son refus de-vint un prétexte pour le pillage. Les F. rangois lui enlevérent quinze censbétes& huit cens Eſclaves, qu'ils conduiſirent dans la plaine de Manampy,où la Caſe étoit déejà revenu avec quinze mille betes& trois mille Eſcla-ves. Cependant le Prince Négre, appréhendant la continuation de cette
uerre, voulut paſſer lui-même au camp de la Caſe& lui accorder la ſatis-Hctlon qu' il demandoit. Il s'embarqua dans une Pirogue avec quatre deſes principaux Conſeillers. Mais tandis qu- il traverſoit la Rivièere de Man-ghourou, quelques Chaſſeurs Frangois tirerent ſur la Pirogue& bleſſéerentun de fes Conſeillers. L'effroi qu'il en eut le fit retourner à la rive,&cet accident fit perdre Poccaſion de délivrer la fille de Pronis(a).
LA Caſe alla camper dans la plaine de Mananbambe, ouù il fit la revqede ſes troupes& de ſon butin. II lui reſtoit cing mille cing cens quatre-vingt Negres, n'en ayant perdu que vingt dans ſon expédition;& vingt-neuf Frangois, parcequ'une maladie avoit arrété le trentiéme aux Matata-
es. On compta cinq mille Eſclaves& vingt mille bœufs. Comme il étoitimpofſible de trouver aſſez de fourage,& de faire traverſer aſſez prompte-ment les Rivières à tant d'hommes& d'animaux, la Caſe en fit troiseorps;& choiſiſſant le bord de la Mer pour ſon retour, il ſê fit ſuivre dedix Frangois, de ſes trois cens Gardes& de douze cens Amboullois, avecle tiers des priſes. Ramahaie& Ramahirac prirent la conduite des deuxautres corps. Le rendez-vous faut aſſigné dans la plaine d'Itaphoure, ou ilsarrivèrent tous preſqu'en méme-tems. De pluſieurs Armées ennemies, quivoltigèrent autour d'eux dans leur route, il n'y en eut pas une qui oſaàt lesattaquer; ſans qu'on puiſſe apporter d'autre cauſe d'une timidité ſi peu na-turelle à ces Inſulaires, que la haute opinion qu'ils avoient congue du Hé-ros François. II partagea le butin avec les Nègres& leur lafffa preſquetous les Eſclaves. Sa chêre Dian Nong vint le recevoir à Mananbare, oùil trouva auſſi Chamargou, qui ſous prétexte que les anciens Françgois n'a-voient aucun engagement avec la Compagnie, ſe mit en poſſeſſion de tou-tes les richeſſes qu'ils avoient enlevées aux ennemis de leur Nation. A lavérité, il en mit les deux tiers à part, pour M. le Duc de Mazarin. Maisle Fort ne fut pas ſoulagé, ſoit par la foibleſſe ou F'infidélité du Conſeil,qui ne devoit pas ſouffrir, ſuivant la remarque de Auteur, qu'on fit ſub-fiſter des droits que M. de Mazarin avoit cedés, ni ceux que Chamargousattribuoit pour la qualité de Gouverneur qu’'il n'avoit plus. Cet impé-rieux Officier tenoit ſes beſtiaux à deux lieues du Fort, dans un lieu nom-mé Fanchere, qu'il ſe propoſoit de faire ériger en Marquiſat(L).
CEPFENDANT a réputation& l'autorité, dont la Caſe jouiſſoit parmiles Neêgres, firent ſentir au Conſeil de quelle importance il eétoit pour laCompagnie de s'attacher un hommée dont elle pouvoit eſpérer tant de ſer-vice. Il lui envoya une Commiſſion de Lieutenant,& deux jours apréès ilKi fit préſent d'une belle épée, avec des felicitations ſur le ſucces de ſon
Voxa-(a) Pag. 106& ſuiv-(5) Pag. 113.
RENNEFFORT.
1 666.
Butin dela Caſoe.
Chamargou-ſe l'attribue.
Honneurs
rendus à laCaſe par le-Conſeil.