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Tome onzième.
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En quellequalité Carréle ſait.

Raiſons quifont aban-donner Ma-„ dagaſcar.

Etat de l'Iflede Bourbon.

286 VOYXAGES DES FRANCOIS

Voyage de Carrâ(a).

N reſte de Frangois s'obſtinoit encore, avec moins de prudence que

de courage, à combattre les obſtacles qui s'oppoſoient à leur Etablif-ſement de Madagaſcar, lorſque le grand Colbert, dont les vüges s'éten-doient beaucoup plus loin que cette Iile, mais qui ne vouloit pas y laiſſerpérir abſolument les eſpérances du Commerce, jetta les yeux ſur M. Caron,Hollandois fort verſé dans les affaires de l'Orient, où il avoit été long-tems à la téte de ſa Nation. Quelques ſujets de mécontentement lavantfait retourner en Hollande, ſon chagrin& ſon inclination lavoient fait paſ-ſer au ſervice de la France. II fut nommé Directeur général de la Com-pagnie des Indes;& dans cette qualité, il regut ordre de partir pourMadagaſcar, ou la ſituation de la Colonie Frangoiſe demandoit un promptſecours.

CAXRRE fut chargé de le ſuivre, ſans autre commiſſion que d'obſervertout ce qu'il verroit de remarquable dans ſon Voyage,& d'en dreſſer desmémoires. IIs arrivérent heureuſement au Fort Dauphin. Mais ayant bien-tõt reconnu, que c'eꝑt été ruiner les affaires de la Compagnie, que de s'ar-„ réter à faire la guerre aux Habitans de''Iile, Peuple farouche, qui leur„ auroit donné beaucoup d'exercice,& dont la défaite entiere leur auroit„ apporté peu de profit’; ils prirent le parti de faire voile vers Surate, Vil-le fameuſe par le Commerce de toutes les Nations,& déjà connue desMarchands Frangois par quelques Voyages particuliers(b). La Com-pagnie, remarque l'Auteur,„ ne pouvoit pas choiſir, dans ſe Monde en-„tier, un lieu plus propre à ſes deſſeins, ni lui, faire un Voyage plus a-

„ gréable**.

AvANT que de prendre cette route, ils viſitérent'Ifle de Bourbon, oules Frangois avoient déjà jetté des fondemens ſi ſolides, que leur Colonie

croiſſoit de jour en jour.

La Deſcription qu'il fait de 1Iile n'ajoüteroit

rien à celle qu'on a lüe dans la Relation de Mondevergue; mais il y vit un

(4) Ce Voyageur ne ſe fait connoftre quepar la protection particuliére dont M. Col-bert l'honoroit,& par la commiſſion qu'ilavoit eüe, avant ſon Voyage aux Indes(pu-blié à Paris en 1699, chez Claude Barbin,in- 12, 2 Volumes,& dedié à Madame laDucheſſe de Montfort)„ de viſiter les Etats„ de Barbarie, les Iſſes de la Méditerranée,„& quelques Ports de l'Océan, dont il avoit„ rendu compte à ce Miniſtre“. Sa Rela-tion n’eſt pas mal écrite. Elle a quelquechoſe de prévenant dans l'exorde.„ Je n'é-„ Crirai rien, ditl'Auteur, qui ne puiſſe ſer-„ vir à P'inſtruction des hommes, ou leur„ plaire au moins par le charme de la nou-„ veauté. Ce que je dirai de moi ne ſera„„ qu'en paſſant,& par la néceſſité abſolue„d'en pärler. Le Monde n'a que faire du

oiſeau,

„ détail de mes Avantures. II ajoùte, qu'il„ſupprimera les bagatelles,& qu'avec cette„ double précaution, il évitera les deux é-„ cueils o échouent preſque tous les fai-„ ſeurs de Relations“. Cependant il paroitavoir oublié cette promeſſe dans le récit depluſieurs Avantures galantes, auxquelles ils'arréète volontiers. Ses remarques ſont d'ail-leurs judicieuſes. Après ſon Voyage de Su-rate, qui ne compoſe qu'environ le quart deſon Ouvrage, il prit ſon chemin par la Per-ſe, d'où il ſe rendit en divers endroits de laTurquie,& revint en France à la fin de 1671.Il fit enſuite un autre Voyage aux Indes,dont les principales circonſtances font le ſu-jet de ſon ſecond Tome.(b) Voyage de Rennefort, pag. 189.