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Tome onzième.
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CARRE.

16068.

Comptoirsdes NationsEtrangères.

Surate eſtpillée par Se-vagy.

Hardieſſade ce Conm-querant.

290 VOVYAGES DES FRANCOIS

temens les plus propres(ꝓ). L'intérieur eſt d'une magnificence achevée. Ony marche ſur la porcelaine,& de toutes parts les murs brillent de cetteprécieuſe maticre; outre une quantité infinie de vaſes, qui donnent auxehambres un air incomparable de fraicheur& de propreté. Les fenêtresne regoivent pas le jour, comme en Europe, par des carreaux de verre,mais par des écailles de crocodile ou de tortue, ou par des nacres de per-les, dont les différentes couleurs adouciſſent l'éclat du Soleil,& rendentla lumiére plus agréable ſans la rendre plus obſcure. Les totts ſont en pla-teformes,& ſervent le ſoir à la promenade: ſouvent même on y fait ten-dre les lits, pour y paſſer la nuit plus fraichement. Ceſt preſque le ſeulmoyen d'éviter les grandes chaleurs, qui ſe font ſentir la nuit dans l'inté-rieur des maiſons, tandis que J'air eſt frais au dehors.

OQurnRx les maiſons publiques, qui ſont ouvrage des Magiſtrats, Car-ré vante celles que d'autres Nations avoient fait bàtir comme à F'envi,& qui occupent de grands quartiers de la Ville. On diſtinguoit, par dif-ferens étendarts, les Comptoirs des Frangois, des Anglois& des Hollan-dois. Ces trois grands édifices joignoient à leur beauté, l'avantage d'ètreſi bien fortifiés, qu'ils étoient à couvert de toutes ſortes d'infultes.

LEs Frangois métoient établis que depuis un an dans Surate, lorſqu'unedangereuſe expérience leur fit ſentir ce qu'ils devoient à la prudence deleur Directeur, pour avoir tourné ſes premiers ſoins à la füreté du Comp-toir. Un célèêbre Avanturier, nommé Sevagy(q), qui après avoir fait laterreur de l'Aſie par ſes armes, étoit parvenu à fe former un Royaume auxdépens du Mogol& des Rois de Viſapour& du Decan, entreprit de ré-parer Fépuiſement de ſes treſars, qu'il avoit employés dans différentesguerres, par le pillage de Surate. C'étoit la ſeconde fois qu'il avoit re-eours à cet expédient; mais quoiqu' il eft réüſſi dans une autre occaſion parla ſurpriſe, il employa dans celle-ci des voyes fort oppoſées. Le ſeul uſa-ge qu il fit de la ruſe fut paur gagner le Gouverneur:& lorſqu'il ſe crut furde Pavoir fait entrer dans ſes intéerêts par l'eſpérance du partage, il en-voya demander hautement à la Ville une ſomme de dix millions, avecçmenace d'aller la piller lui-même, ſi ſa demande étoit rejettée. Carré par-le de cette intelligence, ſur la foi dun Officier du Gouverneur(r), quin'avoit pas ignoré la trahiſon de ſon Maitre, mais qui avoit manqué decourage ou d'honneur pour la découvrir aux habitans.

SEVAGX dauta fi peu du ſucces, qu’aprées le refus auquel il s'attendoit,il fit avertir la Ville du jaur& de Pheure qu'il choiſiroit pour y entrer().Mais avant que de s'approcher des murs, il envoya un Offcier de ſon Ar-mée aux Comptoirs des trois Nations de l'Europe qu'il redoutoit le plus,les Frangois, les Anglois& les Hollandois, pour leur recommander defaire paroitre leurs étendarts fur leurs terraſſes,& leur promettre que ce

1G ſigne

(p) Fbid. pag. 21. On s'arréte ici à cet-(te idee générale de Surate, parceque les(détails font plus exacts dans la Relationd'Ovington.

) Carré, pag. 93.

x4) Voyez ſon Hiſtoire dans Thevenot.r5) Lbidem.