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Tome onzième.
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AUX INDES ORIENTALES, LIv. II. 291

ſigne les mettroit à couvert de la fureur du Soldat. M. Caron le fit re-mercier, dans les termes les plus obligeans. Cependant il mena l'Officierdans le lieu où les Marchands de France s'aſſembloient;& lui ayant faitremarquer quancité d'artillerie, prête à jouer, il lui déclara nettement, quele quartier des Frangois ſe croyoit à couvert, ſur d'autres fondemens ques labonté de Sevagy.

Cnr heureux brigand, qui n'toit pas éloigné de la Ville, ſe préſentabien-téôt aux Portes. Le Gouverneur êtoit monté au Chateau, pour y don-ner des conſeils dignes d'un trattre,& capables de favorifer la trahiſon.Sous prétexte de foudroyer Sevagy de la Fortereſſe, il fit abbatre un murqui couvroit ſa marche,& qui lui avoit déja donnèé la facilité de faire filer ſestroupes. C'Stoit lui ouvrir la Ville,& Paſſurer du ſuccès de l'intelligence.Les habitans voulurent s'avancer; mais il étoit trop tard,&'Ennemi ſe ré-pandoit déja dans la Ville. Carré regarde comme une choſe étonnante, queSevagy n'ayant que douze mille hommes, les habitans ne firent pas la moin-dre réſiſtance( h; ſoit que la terreur eut abbatu les eſprits, ou que tantd'hommes, différens de Nation& d'intéréts, peu verſés d'ailleurs au mée-tier des armes, fuſſent plus propres à s'embarraſſer mutuellement qu'à s'en-trepréter du ſécours. La violence fut extréme;& la vie même des habi-tans ne fut point épargnée. Les Frangois montrerent une contenance ſiferme, que non-ſeulement ils préſervèerent leur Comptoir du pillage, maisqu'ils chaſſerent même, de quelques maiſons voiſines, quantité de Soldats quela fureur& v'avarice y avoient amenés. M. Caron, avec le ſang-froid deſa Patrie, fit éclater toute la bravoure d'un François(v).

CARRL ajoüte que la trahiſon du Gouverneur de Surate n'ayant p de-meurer long-tems ſecréte, le Grand Mogol s'en défit par le poiſon.„Ven-9 Seese hes d'un Monarque, qui jouit d'un pouvoir abſolu ſur ſes ſu-

jets; mais fort uſitée dans cette Région,& pour laquelle on employeune ſorte de Moines, nommés Faquirs, qui ont Fart de compoſer despoiſons fort ſubtils. Le Gouverneur fut empoiſonné par une lettre qu'ilregüt du Mogol,& qui le fit tomber fans vie, en la baiſant, ſuivantPufage des Orientaux. Les Chirurgiens Frangois, qui lui ouvrirent latéte, remarquèrent ſans peine la trace du poiſon: ſur-quoi PAuteur ob-ſerve judicieuſement, qu'une punition de cette nature ne regardant quela perſonne du coupable,& laiſfant des doutes ſur la conduite du Prin-ce, perd les deux grands effets du chatiment, qui ſont Texemple,& laprécaution pour Favenir(x)*.

AvanT la fin des troubles de Surate, M. Caron fit partir Carré pour laPerſe, avec des ordres particuliers qui regardoient les affaires de la Com-pagnie. Lobjet de cette commiſſion n'eſt pas mieux expliqué; mais l'Au-teur fait gloire d'avoir toũjours réſervé une partie de ſon attention(„) pourobſerver les talens& les uſages des hommes,& pour ſe procurer des con-noiſſances, qui ſervent, dit-il, plus que Por& Fargent, au vrai bonheurde la vie.

Cx-

(t) Qarrs, ibid. pag. 75& ſuiv.(*) Pag. 99.(v) Ibid. pag. 97.(y) Ibid. pag. 102.

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CARRE.

1668.

Commentles Françoisſont garantisdu pillage.

Deſolationdes habitans.

Le Gouver-neur eſt punipar ſon Sou-verain.

Remarqueſur cettepunition.

Carré eſtenvoyé enPerſe.