1668.
Idée qu'ildonne de cePays& de ſeshabitans mo-dernes.
Il ſe rend àBaſſora parBander-Abaſſy.
Révolutionde Baſſoradont il eſttémoin.
Politiqueextraordinai-re d'un Gé-néral Turc.
292 VOYXYAGES DES FRANCOIS
CEPENDANT, pour ne pas répeter ce qui ſe trouve dans un grand nom-bre de Livres, il ſe réduit à cette obſervation ſur la Perſe;„ qu'’il n'y a„ peut-être point de Pays au Monde où les anciennes coutumes ſæ ſoyent„ſi bien conſervées. On eſt ſurpris d'y retrouver les loix& les uſages„ du tems de Darius& de Xerxes,& les Perſans d'aujourd'hui preſque„ ſemblables aux Perſes d'Herodote& de Xenophon: preuve certaine de„ Fexcellence de leurs loix& de la ſageſſe du Gouvernement, qui a cette„ reſſemblance avec celui de Pancienne Egypte, ouù pendant pluſieurs mil-„ lers d'années, il n'étoit arrivé, ſuivant le témoignage de Platon, nul„changement conſidérable dans les loix fondamentales& dans les uſa-
Pouh fortir de Perſe, Carré s'embarqua au Port de Bander-Abaſſy, lemeilleur& le plus commode de cette Région. II remonta Euphrate juſ-qu'à Baſgora, Ville célebre d'Arabie, où il fut témoin d'une partie de larévolution qui rendit les Tures mattres de cette Place. Elle avoit été de touttems ſous la puiſſance des Arabes, quoique le Sophi de Perſe& le Grand-Seigneur euſſent cherché comme à P'envi l'occaſion de s'y Stablir. Sa ſi-tuation fur Euphrate, qui la rend importante pour le Commerce des mar-chandiſes de'Orient, promettoit beaucoup d'avantages au premier de cesdeux Monarques qui'emporteroit par la force ou Padreſfe. Ce ſuccèsStoit réſervé aux Turcs. Apreés avoir chafſé par leurs intrigues, IIqſein,Prince Arabe, qu'ils obligerent de chercher une retraite à la Cour du Mo-gol, ils n'employèrent pas moins heureuſement les armes contre un autrePrince de la même Nation, qui avoit ſuccedé à Huſſein,& qui ſe vit dansla nécefſité d'aller mendier un aſile aupres du même Sevagy dont on a ra-conté Phiſtoire(a).
PENDPaANT cette guerre, Carré ſe trouvoit dans Baſſora, ou ſur fonVaiſſeau. IIl ſervit à ſauver tous les Chrétiens de la Ville(9b);& ſes ſer-vices s'étendirent juſqu'aux Marchands Indiens, qui tranſportèrent, pen-dant la nuit, ſur ſon Bâtiment, ce qu'ils avoient de plus précieux. MaisTArmée Ottomane s'étant avancée,& le tumulte croiſſant dans la Ville,qui n'étoit pas ravagée avec moins de fureur par les Soldats Arabes, qu'el-le ne s'attendoit à'tre bien-tét par les Turcs; PAuteur, pour s'épargnerla vüe de tant de malheurs, auxquels il ne pouvoit apporter qu'un foibleſoulagement, leva l'ancre& fit voile vers vlhe de Garack.
IL ajoQte que les Arabes ayant maſſacré tous les Turcs qui ſe trouvèrentdans Baſſora,& les ayant même fait périr au milieu des tourmens(c), onne pouvoit attendre, de la rage du Vainqueur, qu'une déſolation entièrepour cette malheureuſe Place. Cependant le Bacha de Babylone, qui com-mandoit PArmée Octomane, ſacrifia la vengeance à Pintérét. II fut avertique le tems du négoce approchoit pour cette année,& que les MarchandsStrangers s'Stoient arrétés dans les Iles voiſines, pour attendre quel ſeroitle fort de la Place. Une ſage politique lui fit concevoir qu'il ne falloit 27
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(2) Pag. 103& ſuiv.(5b) ILbid. pag. 126.(a) Le récit de cet événement eſt exact(c) Pag. 127.dans la Relation de Carré.