Band 
Tome onzième.
Seite
295
JPEG-Download
 

AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 295

de part à ſa confiance,& qui connũt mieux les affaires U). D'ailleurs ils'imagina que M. Colbert ayant lui-méême envoyé l'Auteur en Orient, lereverroit plus volontiers que tout autre:& peut-étre auſſi qu'ayant des vüesparticulieres d'intéret, qui avoient déjà fait nattre quelques ſoupgons, ilEGtoit bien aife d'éloigner un Frangois intelligent& fideéle. Si ce derniermotif entra dans ſa réſolution, Carré n'en eut pas d'autre aufſi pour entre-prendre le Voyage.„ Il vouloit découvrir, dit-il, le caractère de ce Hol-landois, à ceux qui le connoiſſfant mal, pouvoient s'y être trompés,comme il déclare qu'il s'y étoit trompé lui-même;& s'il ne pou-voit faire paſſer en d'autres mains un emploi qu'il lui voyoit malexercer, il ſe propoſoit du moins de donner ſur ſa conduite des a-vis qu'il croyoit néceſſaires à Tutili’é du Commerce& de la Com-22 9) 2....L. partit de Surate le 21 de Février 1671, ſur un Vaiſſeau Anglois quifaiſoit voile à Bander-Abafſy(b), d'où il prit ſon chemin par terre juſ-u'au bord de la Méditerranée. Ses obſervations en Perſe, en Arabie,en Syrie,& dans d'autres lieux qu'il cut à traverſer, n'ont rien d'aſſezremarquable pour mériter d'etre recueillies entre les Relations mêmes quiregardent ces Régions,& qui appartiennent aux Voyages par terre. Aplus forte raiſon ne doivent-elles rien changer ici à Fordre qu'on s'eſtpropoſé. Leur plus heureux ſort ſera de reparoitre à la ſuite, dans quel-qu'une de nos Deſcriptions. Mais, en faveur de la ſingularité, je m'arrè-te un moment à la rencontre que Carré, voyageant à cheval, fit dans undéſert d'Arabie.

Ir s'Stoit pourvu, en Perſe, d'un guide Arabe, nommé Agi-Haſem,dont on lui avoit garanti le courage& la fidélité. Un jour, que la diſetted'eau, ou plutêr Pinfection que les fauterelles avoient réẽpandue dans tousles puits qui ſe trouvent ſur la route, les avoient réduits, pour unique reſ-ſoufce, à une petite proviſion d'eau fraiche qu'ils portoient dans des ou-tres, ils appergurent, à quatre cens pas d'une colline, un Cavalier bienmonté qui venoit vers eux à toute bride. IIs s arrétérent avec quelque dé-äance, dans un lieu rempli de brigands. IIs le couchérent en joué; Carréarmé de ſon fuſil,& l'Arabe de fôn arc. Le Cavalier retint ſon cheval;&leur cria, en langue Turque, qu'il ne penſoit point à les inſulter. En leurtenant ce diſcours, il reculoit fur ſes traces, pour ſe mettre hors de la por-tée du fuſil, qui lui étoit ſuſpect. Lorſqu’ il 8 crut en füreté, il fit un fi-gne de la main;& baiſſant la pointe de ſa lance, il fit entendre aux deuxEtrangers qu'il deſiroit de leur parler.

AGl-HAsSsEü ne balanga point à s'approcher de lui. Carré les laiſſa unmoment enſemble. Aprées quelques mots d'explication, le Cavalier s'étantaſſuré qu'il n'avoit rien à craindre, deſcendit de cheval,& la converſationdevint commune; mais les complimens ne furent pas longs. II ctoit ſi pleinde ſon malheur, qu'il ne pouvoit parler d'autre choſe. J'ai, leur dit-il,derriére cette colline, une groſſe compagnie de gens que jamêne d'Alep.

Avan-Ibidem. pag. 140- tion de la Haye.

)Eg) Pag. 141. Voyez ci-deſſus la Rela-(b) Pag. 143.

CARRE.

1669.

Motifs dou-teux de cetordre.

1671.Carré prendſa route parterre.Remarqueſur ſon Jour-nal.

Avantureextrémementſingulière.