ROYAUME DE TONDUIN, Lrv. II. 393
qe Pexercice de la Royauté. Les Européens ne font pas même difficultéde lui donner le nom de Roi;& pour mettre quelque diſtinction entre lesrangs, ils donnent aux ſucceſſeurs de Li la qualité d'Empereurs. Ces foi-bies Princes, qui portent dans le Pays le titre de Bova, paſſent leur vie dansPenceinte du Palais, environnés des Eſpions du Chova. Luſage ne leurpermet de ſortir qu'une ou deux fois'année, pour quelques Fêtes folemnel-les, qui regardent moins 1'Etat que la Religion. Leur pouvoir ſe réduità confirmer les decrets du Chova, par de ſimples formalités. IIls les ſignent,ils v mettent leur ſceau; mais il y auroit peu de ſureté pour eux à les con-tredire;& quoiqu'ils ſoyent reſpêctés du Peuple, c'eſt au Chova qu'on payeles tributs& qu'on rend les devoirs de Pobéifſance.
AINsI la dignité de Général eſt devenue héréditaire au Tonquin commela Couronne. L. ainé des fils ſuccède à ſon pêre. Cependant l'ambition aſouvent fait nattre des querelles fort animées entre les freres,& Etat s'eneſt reſſenti par de longues guerres: ce qui fait dire, comme en proverbe,„que la mort de mille Bovas n'eſt pas ſi dangereuſe pour le Tonquin que‚ celle d'un ſeul Chova(i) ˙.
CE Royaume eſt proprement diviſé en ſix Provinces, ſans y comprendrele Pays de Cabang,& une petite partie du Royaume de Bowes, qui eſt de-meurée au pouvoir des Tonquiniens, après avoir été conquiſe par leurs ar-mes. Cinq des ſix Provinces, ont leurs Gouverneurs particuliers; maiscelle de Giang, qui fait la ſixisme,& qui touche aux frontières de laCochinchine, eſt gouvernée par les deſcendans de Hoaving(), avecle titre de Chova ou de Lieutenant général,& un pouvoir preſqu'abſolu.Ils entretiennent un Corps de milice, que'Auteur fait monter à quarantemille hommes.
LEs Gouverneurs de Province ont pour ſecond Officier un Mandarinlettré, qui partage les ſoins de vadminiſtration civile,& qui veille aumaintien des loix. Chaque Province a pluſieurs Tribunaux de Juſtice, dontpun eſt indépendant de l'autorité du Gouverneur,& reſſortit immédiate-ment au Tribunal Souverain de Cacho. La connoiſſance des affaires cri-minelles appartient uniquement au Gouverneur. II punit ſur le champ tou-tes les offenſes légères; mais fa Sentence, pour celles qui méritent la mort,eſt envoyée au Chova, qui doit la confirmer.
LEs affaires, ou les querelles des Grands, ſont jugées dans la Capitale, pardivers Tribunaux, qui tirent leur nom& leur dignité de leurs différentesfonctions. Ainſi l'un juge des crimes d'Etat; l'autre, des meurtres; unautre, des différends qui s'éléèvent pour les Terres; un autre de ceux qui re-gardent les Maiſons,&c. Quoique les loix Chinoiſes ayent été regues parles Tonquiniens,& qu'elles compoſent le droit du Pays, ils ont quantitéd'Edits& de Conſtitutions particuliéres, anciennes& modernes, qui ontencore plus de force,& qui ſont redigées en pluſieurs livres. L. Auteurobſerve même que dans pluſieurs des loix qui leur ſont propres, on recon-
nolt
*
(1) Pag. 21. re du récit de l'Auteur, car il ne le dit pas(+) Ceſt du moins ce qu'on peut conclu- préciſément.
XI. Part. Ddd
DEscamTroNDU ToxQurN.BARON.1685.Le Roi deTonquin n'’'aque Pombrede la Royauté.
Diviſion duTonquin enſix Provinces.
Adminiſtra-tion civile.
DifférensTribunauxpour les dif-férens crimes.