DEscaITPTIroNDU ToQuIN.BARON.1685.
Caractèredu Chova
Préefent.
Son maria-ge& ſesConcubines.
394 VOYVAGESDANSLE
noit plus de juſtice& d'honnéeteté naturelle que dans celles de la Chine.Telle eſt celle qui défend Pexpoſition des Enfans, quelque difformes qu'ilspuiſſent être; tandis qu'à la Chine cet uſfage barbare eſt non-ſeulement to-leré, mais même ordonné par une ancienne loi. D'un autre côtẽ, quel-que ſageſſe& quelque fond d'humanité qu'on ſoit obligé de reconnoitredans les anciennes Conſtitutions du Tonquin, il s'eſt gliſfé une ſi étrangecorruption dans tous les Tribunaux de Juſtice, qu'il y a peu de crimes donton ne foĩt fũr de ſe faire abſoudre à prix d'argent(1).
S1 Fon a compris que le Chova, ou le Général, doit être regardé com-me Vame de'Etat, on ne ſera point étonné que PFAuteur ne s'attache qu'àlui, comme s'il jugeoit le Bova, ou Empereur, indigne de lattention deſes Lecteurs.
LE Geéneral préſent eſt le quatrième deſcendant de Tring en ligne direc-te. IIl eſt àgẽ de cinquante-trois ans,& verſé dans toutes les ruſes de lapolitique, mais d'une conſtitution foible. Il ſuccéda en 1682, à fon Péere,avec lequel il avoit exercé'adminiſtration pendant pluſieurs années. Detrois fils& d'autant de filles, qu'il avoit en de diverſes Concubines, il nelui reſte que le fecond de ſes fils, qui apres avoir perdu quelque-tems l'eſ-prit, l'a retrouvé heureuſement,& porte le titre de Chura(m) ou de jeuneGénéral, ſuivant luſage établi pour l'ainé de la Maiſon. Cet Héritier pré-ſomptif de la premiere dignité du Tonquin, a fa Cour ſéparée,& preſqu' auſ-ſi brillante que celle de ſon Pêre. Il a fes Mandarins& ſes Officiers, avecles mêmes titres,& cette ſeule différence, qu'ils cèdent le pas à ceux duChova. Mais lorſqu’ il ſuccède à fon Père, ils prennent la place des autres,à Pexception de quelques-uns des plus anciens, que leur ſageſſe& leur ex-périence fait conferver dans leurs emplois.
S1 le Général ſe marie, ce qui n'arrive gueres que dans les dernieres an-nées de fa vie,& lorſqu'il n'a plus d'eſpérance d'avoir des enfans de laperſonne qu'il épouſe, cette femme, qui eſt toljours d'extraction Royale,prend le nom de Mere du Pays. Son rang eſt ſupérieur à toutes les Concu-bines, dont il entretient, dèês fa premiére jeuneffe, un nombre illimité,qu'on a vu quelquefois monter juſqu'à cinq cens. C'eſt moins à la beautéque les Seigneurs Tonquiniens s'attachent, dans le choix des femmes, qu'auxtalens pour la danſe, le chant, les inſtrumens de muſique,& pour tout cequi peut fervir à amufement. Celle qui donne le premier fils au Chova re-goit des homneurs diſtingués. Cependant ils n'approchent point de la diſtinc-tion avec laquelle ſa dernieère femme eſt traitée. Les autres Concubines,qui ont des enfans de lui, prennent le nom de Dueba, qui ſignifie excellentefomme. Tous les enfans males, à exception de Fainé, portent celui deDucong, ou d'excellont bommoe;& les filles celui de Batua, qui revient au titreEuropéen de Princeſe.
Ir ne manque rien, du côté de la diſtinction& de P'opulence, à tousles enfans du Chova; mais ſes freres& ſes ſœurs ſont réduits au revenuqu'il veut leur accorder,& qui diminue, dans leurs familles, à proportion
qu Ils
(0) Pag. 25. Première& ſeconde colomnes. que Chova, comme il écrit auſſi tonjoursCm) Tiſſannier dit Chua, qui eſt le mome Bua pour Bova. R. d. E.