ROYAUME DE TONQUIN, Lrv. II. 399g. VI.
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Funsrailles du Tonquin.
HoRREUH de la mort, plus vive au Tonquin que dans tout autreL. Pays du Monde, a produit dans l'eſprit des Habitans, quantité de no-tions fuperſtitieuſes, dont les Grands ne font pas plus exempts que le Peu-ple. Ils croyent que les enfans, dans le ſein maternel, ne font animés quepar les eſprits des enfans qui font morts avant que d'être parvenus à lamaturité de la raifon;& que les ames de tous les autres hommes devien-nent autant de génies, capables de faire du bien ou du mal; qu'elles ſe-roient toũjours errantes,& ſujettes à toutes ſortes de beſoins, ſi le ſecoursde leurs familles ne les aidoit à fubfiſter, ou ſi, ſuivant leurs propres incli-nations, elles ne fe procuroient ce qui leur manque, par le mal qu'ellescommettent ou par le bien qu'elles exercent. De cette folle idée, ils con-cluent que pour ceux qui ſont fortis de Penfance, la mort eſt le plus grandmal de la Nature humaine(a).
ILs obfervent, avec une exactitude& des ſoins inviolables, l'heure&le jour, auxquels une perſonne expire. S'il arrive que ce ſoit au mêmejour, Ala méme heure que ſon pêre ou ceux qui lui appartiennent de prèspar le ſang, ſont venus au monde, c'eſt un trés-malheureux préſage pourſes héritiers& ſes deſcendans. IIs ne permettent point alors que le corpsfoit enterré ſans avoir confulté leurs Devins& leurs Prétres, pour choifirun jour favorable à cette cérémonie. Deux& trois ans ſe pafſent quel-quefois avant qu'ils ayent obtenu les lumieres qui leur manqueut. Le cer-cueil eſt renfermé, pour les attendre, dans quelque lieu propre à ce dépòt,& nm'y doit point être autrement placé que ſur quatre pieux qu'on diſpoſedans cette vüe(L).
LAuTEU ajoüte néanmoins que cet uſage ne s'obſerve que dans lesconditions aiſées,& que les pauvres, moins ſcrupuleux, font enterrerleurs parens, douze ou quinze jours après leur mort. II donne une forteraiſon de cette différence. Plus la ſépulture eſt retardée, plus la dépenſeaugmente, non-ſeulement pour la femme& les enfans, qui ſont obligésd'offrir trois fois chaque jour au corps, diverſes ſortes d'alimens,& d'en-tretenir continuellement dans le lieu du dépòt, des flambeaux& des lam-pes, outre Pencens& les parfums qu’'ils doivent brüler, avec quantité depapier doré, ſous différentes formes de chevaux, d'eléphans& d autres ani-maux; mais encore pour tout le reſte de la famille, qui doit contribueraux fraix de la fete funebre. Rien n'eſt auſſi plus fatiguant, pour tous lesproches, que r'uſage indiſpenſable de venir ſe proſterner pluſieurs fois le
jour devant le corps,& renouveller leurs lamentations, avec des cérémo-
mies fort ennuieuſes(c.).LEs perſonnes riches apportent beaucoup de ſoin, dans leur vieilleſſe,à ſe préparer un cercueil,& n'y épargnent point la dépenſe. On obſerveune
6 1*; 22 28a.) Iid. pag. 33.(b) Eidem.(c.) Ibid. pag. 33.
DescRkrPTIONDu ToxQuI.BARON.
1685.
Doctrinedes Tonqui-niens ſur lamort.
Superſtitionqui regarde letems.
Dépenſe oðbles Morts jet:tent les vi-vans.
Devoirs fu-néêbres.