TAcHAReb.1685.Balons d'E-tat,& prépa-ratifs pour lareception des
François.
Ee détail deleur entrée eſtrenvoyé à uneautre Rela-tion.
Magnificen-ce du Sei-gneur Con-ſtance.
20 VOYXAGESDANS LE;
Prês de cent Ouvriers y étoient occupés, avec deux Mandarins qui lespreſſoient nuit& jour.
PENDANT qu’'on pouſſoit ces préparatifs avec la dernière ardeur, le Roifit partir deux des principaux Seigneurs de ſa Cour, avec dix Mandarins,chacun dans un Balon d'Etat, pour aller prendre celui qui étoit deſtiné àPAmbaſfadeur,& le conduire à l'entrée de la Rivière. II Stoit magnifi-que, entiérement doré, long de ſoixante& douze pieds, mené par ſoixan-te-dix hommes de belle taille, avec des rames couvertes de lames d'ar-gent. La chirole, qui eſt une eſpèce de petit dome, placé au centre,Gtoit couverte d'écarlate,& doublée de brocard d'or de la Chine, avec lesrideaux de même étoffe. Les baluſtres étoient d'ivoire, les couſſins de ve-lours;& le fond étoit couvert d'un tapis de Perſe. Ce Balon étoit ac-compagné de ſeize autres, dont quatre, ornés auſſi d'un tapis de pied&de couvertures d'écarlate, devoient ſervir aux Gentilshommes de Ambaſ-ſade,& les douze autres au reſte de l'équipage. Le Gouverneur de Ban-cok s'y joignit, avec les principaux Mandarins du voiſinage, de-ſorte quele Cortège étoit d'environ ſoixante& ſix Balons, lorſqu'il ſe rendit à l'en-trée de la Riviére(g). Cette eſpèce de Bateaux, que les Siamois appel-lent Balons, font d'une forme extraordinaire. IIs ſont fort longs& fortétroits. On en voit d'auſſi longs que des Galères, c'eſt-à-dire, de cent ouſix-vingt pieds de longueur, qui n'en ont pas ſix dans leur plus grande lar-geur. Les Chiourmes ſont de cent, de ſix-vingt,& quelquefois de[cent]trente Rameurs.
QuorQuE JAuteur s'étende beaucoup ſur l'entrée de Ambaſſadeur Fran-gois,& fur les cérémonies extraordinaires qui relevêèrent l'éclat de ſa pre-miere Audience, avec un ſoin continuel de faire obſerver combien la Courde Siam ſe relächa de ſes anciens uſages en faveur de la Nation Frangoiſe;ce détail ſemble appartenir d'autant moins à ſa Relation, qu'il ne fut pasméme témoin de la plüùpart des événemens qu'il raconte,& que ſi cescirconſtances doivent trouver place dans ce Recueil, elles regardent J'ar-ticle de M. de Chaumont, qui a publié lui-mẽme le Journal de ſon Voya-ge. II paroit fuffire ici de ſuivre le Pêre Tachard dans ſes propres ob-fervations(H).
AvussI-T0T que les François eurent fait leur entrée dans Siam, le Sei-gneur Conſtance, qui demeuroit auparavant dans le quartier des Japonois,vint ſe loger dans une belle maiſon qu'il avoit prêès de PHòôtel de'Ambaſ-ſadeur; 8 pendant tout le tems que les Frangçois furent à Siam, il tint ta-ble ouverte, non-ſeulement pour eux, mais, en leur faveur, pour toutesles autres Nations. Sa maifon étoit fort bien meublée. Au lieu de tapiſ-feries, dont les Siamois n'aiment pas l'uſage, il avoit fait étendre autourdu Divan, un grand paravent du Japon, d'une hauteur& d'une beautéfurprenante. II' entrétenoit deux tables de douze couverts, qui étoient ſer-vies avec autant d'abondance que de dẽélicateſſe,& où P'on trouvoit tou-tes ſortes de vins, d'Eſpagne, du Rhin, de France, de Cephalonie& de
Perſe.
ag. 156. la Ville de Siam, ſont renvoyées à la De-
(g) P.(⁹) Celles qui regardent le Royaume& ſcription, avec celles des autres Voyageurs.