ROYAUME DE SIA M, LIv. II. 21
Perſe. On y éctoit ſervi dans de grands baſſins d'argent,& le buffet é-toit garni de très-beaux vaſes d'or& d' argent du Japon fort bien travail-
A la Cour de Siam, on ne donne jamais que deux Audiences aux Am-baffadeurs; celle de l'arrivée& celle du congé. Souvent même on n'enaccorde qu'une,& toutes les affaires ſont remiſes au Barcalon, qui doit enrendre compte au Roi. Mais ce Prince, pour diſtinguer cette Ambaſſadede toutes les autres, fit dire à Ambaſſadeur, que chaque fois qu'il ſouhai-teroit une Audience, il étoit prêt à la lui donner. En effet, huit ou dixjours après l'Audience d'entrée, il lui en donna une ſeconde, qui fut ſuivied'un grand feſtin. On avoit dreſſé à'ombre des arbres, dans la premièerecour du Palais, ſur le bord d'un canal, une grande table de vingt-quatrecouverts, avec deux buffets garnis de tréès-beaux vaſes d'or& d'argent duJapon,& pluſieurs caſſolettes où le bois précieux d'-Aquila n'etoit pas é-pargné. On ſe mit à table aprés PAudience,& Pon y fut près de quatreheures. On y fervit plus de cent cinquante baſſins& une infinité de ra-goũts, ſans parler des confitures dont on fait ordinairement deux ſervices.On y but de cinq ou ſix ſortes de vins. Tout y fut magnifique& delicat,Le Roi voulut que pour honorer l'Ambaſſadeur,& rendre cette fêete plusagréable, les Frangois fuſſent ſervis ce jour-la par les principaux Seigneursde ſon Royaume(¼).
Cr qu’'on publioit de la Pagode du Palais& des Idoles dont elle eſt rem-plie, ayant donné aux Frangois la curioſité de les voir, on ne fit pas diffi-culté de leur accorder cette ſatisfaction(1). Apreés avoir traverſé huit ouneuf cours, ils arrivérent enfin à la Pagode. Elle eſt couverte de Calin,qui eſt une eſpêce de méetal fort blanc, entre l'étain& le plomb, avec troistoits Pun ſur Tautre. La porte eſt ornée, d'un côté, de la figure d'une va-che;& de Pautre, de celle d'un monſtre extrémement hideux. Cette Pa-gode eſt aſſez longue, mais fort étroite. Lorſqu'on y eſt entré, on n'ap-pergoit que de l'or. Les piliers, les murailles, le Ilambris,& toutes lesfigures ſont ſi bien dorés, qu'il ſemble que tout ſoit couvert de lames d'or.La forme générale de l'édifice eſt aſſez ſemblable à celle de nos Egliſes. IIeſt ſoutenu par de gros piliers. On y trouve, en avangant, une maniered' Autel, ſur lequel il y a trois ou quatre figures d'or maſſif, à-peu- pres dela hauteur d'un homme, dont les unes ſont debout& les autres afſiſes,&qui ont les jambes croiſées à la Siamoiſe. Au-delà eſt une eſpéce de chœur,où ſe garde la plus riche& la plus précieuſe Pagode du Royaume: car ondonne indifféremment le nom de Pagodes aux Temples& aux Idoles. Cet-te ſtatue eſt debout,& touche de ſa tête juſqu'au toit. Sa hauteur eſt dequarante-cinq pieds,& ſa largeur de ſept ou huit. L.'Auteur aſſure qu'elleeſt toute d'or. De la taille dont elle eſt, il faut, dit-il, qu'il entre dans ſamaſſe plus de cent pics de ce métal,& qu'elle vaille au moins douze mil-lions cinq cens mille livres(m). II ajoũte, ſur le témoignage des Habi-
tans,
(i) Pag. 182. naire, on ne croit pas devoir la renvoyer à-
(¼) Pag. 184. la Deſcription.(¹) Comme ce fut une faveur extraordi-(m) Pag, 137.
3
Faveurs par-ticulières ac-cordées aux
Feſtin royal.
Pagode duPalais& ſesricheſſes.
ProdigieuſeIdole d'or
maſſif.